Yves Chauvin, 1930-2015

Actu SCF
Yves Chauvin, 1930-2015

C’est avec beaucoup d’émotion que nous avons appris la disparition subite d’Yves Chauvin ce mardi 27 janvier à Tours. Né en Belgique au bord de la Lys, mais de parents tourangeaux, d’une modestie et d’une sincérité désarmantes, d’une curiosité insatiable, son chemin pour Stockholm où il reçut en 2005 le Prix Nobel de Chimie partagé avec Robert H. Grubbs et Richard R. Schrock « for the development of the metathesis method in organic synthesis » est tout à fait atypique.

Diplômé de l’ESCIL en 1954, le service national l’empêcha de faire une thèse. Il entre en 1958 à la Société Progil -qui devint Rhône-Poulenc, puis Rhodia, puis Solvay- et la quitte en 1960 pour l’Institut français du pétrole à Rueil-Malmaison où il restera jusqu’à sa retraite en 1995, retraite qu’il partageât entre Tours et son alma mater, devenue depuis CPE Lyon.
Yves Chauvin fut un ingénieur de recherche au sens noble du terme alliant originalité, curiosité et opiniâtreté - ne courrait-il pas le cross du Figaro ? A l’IFP, devenue IFPEN, règnent alors le raffinage et la catalyse hétérogène...

Originalité. Il aborde avec bonheur la catalyse moléculaire employant les composés des métaux de transition et met successivement au point des catalyseurs pour la dimérisation d’alcènes : ainsi naissent les procédés Dimersol (dimérisation du propène et des butènes) et Alphabutol pour la (dimérisation de l’éthylène), qui se concrétisent en une soixantaine d’unités industrielles produisant plus de 4,5 millions de tonnes d’oligomères employés en raffinage et chimie.

Curiosité. Dans les années 60 apparaît une réaction pour le moins étrange qui met en œuvre des catalyseurs hétérogènes comme homogènes : la métathèse des alcènes, conduisant à la redistribution des groupes alkylidènes constitutifs de ces alcènes. En 1971, dans un travail séminal publié dans Die Makromolekular Chemie, Yves Chauvin montre que cette réaction met en œuvre des métallocarbènes, décrits depuis peu par E.O. Fischer.

Opiniâtreté. Il a fallu attendre quelques années pour que cette publication soit reconnue comme le point de départ du formidable développement de cet outil de synthèse, tant pour la chimie organique que la préparation de nouveaux polymères, conduisant à de nouvelles molécules actives, de nouveaux matériaux, etc. Mais Yves Chauvin cherchait toujours à améliorer les procédés qu’il avait mis au point. Il fut parmi les premiers à introduire en catalyse biphasique les liquides ioniques avec la mise au point du procédé Difasol qui augmente l’activité catalytique tout en réduisant la taille des unités : une nouvelle aventure, toujours en cours avec celle qui lui a succédé et qui est la présidente de la division Catalyse de la SCF.

Les obsèques d’Yves Chauvin auront lieu à Tours ce samedi 31 janvier. Le Bureau de la SCF présente à sa famille ses très sincères condoléances.

Déjà membre de la SCF ?

J'adhère