Aspartame, et autres sucrettes…

L’aspartame est un édulcorant au fort pouvoir sucrant (200 fois celui du saccharose ; ceux de certains de ses dérivés, les superaspartames, le sont de 8 000 à 140 000 fois). Il a connu une vogue considérable dès sa commercialisation, dans les années 1970, comme substitut aux divers sucres naturels (glucose, fructose, etc.), accusés d’être responsables du sur-poids

Il s’agit d’un dipeptide, combinant l’acide L-aspartique et l’ester méthylique de la L-phénylalanine, un des 8 acides aminés essentiels. Contrairement au sucre, il ne peut contribuer ni à la formation de graisses dans les tissus adipeux, ni remplacer le rôle métabolique fondamental du glucose. Sa métabolisation ne produit aucun composé toxique.

En Europe, l’aspartame (codé en tant qu’additif alimentaire E 951) est autorisé (directive 94/35/CE et 95/31/CE pour les critères de pureté ; directive 2003/115/CE pour un dérivé intense le sel d’aspartame-acésulfame) dans les boissons non alcoolisées (0,6g/l), les bières (0,6g/l), les desserts (0,6 à 1g/kg), les confiseries (0,5 à 1g/kg), et dans de nombreux aliments et compléments alimentaires (près de 5 000, sans compter les utilisations comme adjuvants ou enrobages en pharmacie). Sa consommation chez l’homme est actuellement autorisée dans plus de 90 pays.

La vie industrielle de l’aspartame a été très mouvementée, notamment jusqu’en 1992 quand le brevet est tombé dans le domaine public. De 1965, date de sa découverte, à 1992, des rachats successifs d’entreprises en ont fait passé la propriété de Searle à Monsanto. Les polémiques qui ont entouré, et continuent d’ailleurs à entourer le produit, peuvent ne pas être totalement indépendantes de cette situation.

En 2002 (l’aspartame a été autorisé en France en 1988), l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) conclut : « La consommation d’aspartame chez l’homme, même dans des populations particulièrement exposées comme les enfants diabétiques, ne dépasse pas la dose journalière acceptable (DJA) ». Des hypothèses concernant le rôle néfaste des aspartames en cas de diabète ou d’obésité avaient été cependant formulées, en relation avec une supposée sécrétion d’insuline induite, avec chute de la glycémie et sensation de faim. Aucune preuve de ce phénomène n’a été apportée.

Une des dernières controverses sur l’innocuité de l’aspartame date de 2005, lorsque des chercheurs itapdfs (Institut Ramazzi) ont annoncé un effet cancérogène sur les cerveaux de rats. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), ainsi que de nombreuses autres agences publiques, ont critiqué la rigueur et la fiabilité de la méthodologie mise en œuvre, et donc récusé les conclusions de l’étude.

Du nouveau ? Deux articles publiés en 2010, suggèrent pour l’un une relation chez les femmes enceintes entre l’absorption de boissons sucrées à l’aspartame et un risque accru d’accouchement prématuré, pour l’autre (émanant également de l’Institut Ramazzi de Bologne) un effet carcinogène chez les souris, uniquement mâles. Suite à ces publications, l’EFSA a saisi l’Agence européenne de sécurité alimentaire (AESA) qui s’est saisie du dossier, en collaboration avec l’ANSES (Agence nationale française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, qui a remplacé l’AFSSA) et en accord avec l’OMS et la FDA. Les conclusions, fin février 2011, sont claires : les études publiées sont récusées pour approche scientifique sujette à caution et la sécurité d’emploi de l’aspartame est confirmée, sous réserve d’une dose journalière (DJA) de 40 mg/kg de poids corporel.

Par contre, l’emploi de l’aspartame en cuisine est déconseillé car il se décompose à chaud en ses éléments, dont la phénylalanine, amère quoique non toxique.

Une molécule naturelle à haut pouvoir sucrant (300 fois celui du saccharose) a été, le 8 janvier 2010, autorisé comme édulcorant de table et son incorporation permise dans les produits minceurs et les préparations alimentaires de régime destinées à l’hôpital : il s’agit du rébaudioside A, extrait d’une plante sauvage d’Amérique du Sud, la Stévia. Qu’en sera-t-il de son approvionnement, si elle concurrence l’aspartame ? La récente apparition d’une nouvelle molécule fortement sucrante, une petite protéine extraite de la graine de Thaumatococcus danielli, la thaumatine, modifiera-t-elle le marché ? L’Afrique de l’Ouest, et surtout le Ghana où la plante est cultivée, sera-t-elle à même de la produire et de l’exporter en quantité suffisante ? Les chimistes seront-ils conduits à chercher d’autres sources de ces molécules ou à les synthétiser ou en créer des analogues ? A noter que leur éventuelle toxicité à long terme est, à ce jour, inconnue.

Le cadre plus général de l’intérêt des usages et des bénéfices des édulcorants continue cependant à être investigué.

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« Ass Par Tam, Pic et Pic et Colégram »

Sources

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