Baclofène

Le baclofène, « vieux médicament » commercialisé sous le nom Liorésal®, agit comme agoniste du récepteur GABAB, d’où son intérêt actuel dans la lutte contre l’alcoolisme. C’est un relaxant efficace des muscles du squelette par inhibition des réflexes mono- et poly-synaptiques au travers de la moelle épinière.

L’acide (RS)-4-amino-3-(4-chlorophényl)-butanoïque, dérivé de l’acide ϒ-aminobutyrique (cf. GABA), est indiqué, depuis sa mise sur le marché en 1974, contre les contractures spastiques résultant de la sclérose en plaques, ou suite à des lésions médullaires avec spasticité chronique sévère (étiologie infectieuse, dégénérative, traumatique, néoplasique) ou enfin secondaires, liées à une infirmité motrice d’origine cérébrale comme par exemple un torticolis spasmodique. Il est même utilisé contre les hoquets persistants.

En 2004 Olivier Ameisen, alcoolique et médecin, postule qu’au contraire de ce qui se passe avec toutes les autres maladies, il pourrait suffire de supprimer les symptômes de l’addiction pour supprimer la maladie…Tombé dans le domaine public pour les indications précédentes, de nouvelles prescriptions sont recherchées à partir des années 2000, malgré des effets secondaires pouvant être sérieux, et surtout des syndromes de sevrage pouvant aller jusqu’à des états confuso-oniriques sans mention cependant d’un quelconque cas de décès. En 2003, différentes expérimentations avec le baclofène semblent donner des résultats encourageant dans le traitement de la dépendance à la cocaïne. Mais les médicaments « anti-envie irrépressible » utilisés (naltrexone, acamprosate, baclofène à faible dose (30 à 60 mg/j)) n’ont jamais réduit la mortalité et la morbidité des addictions à l’alcool, la cocaïne etc., malgré leur utilisation chez des millions de patients dépendants.

En 2008, il publie « Le dernier verre », dans lequel il fait état de son expérience : l’utilisation de baclofène, mais à fortes doses. En France comme dans les pays anglo-saxons, c’est un tollé de la part des spécialistes. Et pourtant, fin 2009, paraissent les résultats d’une étude menée sur des patients alcoolo-dépendants ayant reçu le traitement en ambulatoire. A trois mois, 88 % des patients auraient totalement arrêté ou significativement diminué leur prise d’alcool et la plupart d’entre eux seraient devenus indifférents à l’alcool sans effort.

Les doses efficaces de baclofène sont très variables d’un patient à l’autre, dépassant parfois la dose autorisée par l’AMM de 80mg/j, sans relation apparente avec la corpulence des patients, le sexe, ou toute autre explication d’une telle variabilité individuelle (facteur de 1 à 15), qui complique les études cliniques.

Comment agit l’alcool ? Comment agit le baclofène ?

La prise aiguë d’alcool entraîne notamment une potentialisation de la réponse GABAergique (cf. GABA) ; la prise chronique d’alcool entraîne, quant à elle, une « désensibilisation » de ces récepteurs. Dans le premier cas, les effets sont dépresseurs du système nerveux central, et dans le second les effets sont préférentiellement excitateurs et neuro-toxiques, ce qui en explique les effets délétères sur le comportement (tremblements, crises d’épilepsie, délirium tremens), observables lors d’un sevrage brutal. L’alcool conduit aussi à une diminution des réflexes, des facultés motrices et intellectuelles.

De plus, l’alcool, amplifiant (intoxication aiguë) ou diminuant (intoxication chronique : « désensibilisation » des récepteurs GABAA) les effets inhibiteurs des produits sédatifs et hypnotiques au niveau de leurs sites d’action dans le cerveau, ne doit absolument pas être consommé avec de nombreux médicaments. Or, la consommation de benzodiazépines est souvent associée à celle d’alcool, avec potentialisation de l’effet sédatif des produits, conduisant vers une dépendance polytoxicomaniaque.

Le récepteur GABAA joue aussi un rôle important dans le développement d’une tolérance physiologique à l’alcool. En effet, la consommation chronique de boissons alcoolisées peut amener des changements conformationels du récepteur avec une diminution, à la longue, de l’affinité du récepteur à l’éthanol, dont une même quantité causerait alors des effets moindres.

Le baclofène agit, comme le GABA, en agoniste du récepteur GABAB. Or ce récepteur est porté notamment par les neurones qui libèrent la noradrénaline (cf. Adrénaline), la sérotonine et la dopamine, neuromédiateurs fortement impliqués dans le circuit de la récompense. La dopamine, appelée molécule du plaisir, est libérée dans le cerveau que l’on mange du chocolat, que l’on réussisse un concours ou une grille de mots croisés, ou que l’on consomme de la drogue (amphétamines (cf. Amphétamines), cocaïne, etc.) ou de l’alcool, ou même, par habitude, lorsque l’on pense à ces plaisirs…

En inhibant les neurones qui libèrent la dopamine, le baclofène diminue la motivation à s’auto-administrer drogues, nicotine et alcool, mais aussi les autres désirs : nourriture, activités diverses, etc. Le baclofène semble également, sur modèle animal, diminuer la mémoire de travail et la mémoire spatiale, ainsi que les performances motrices et l’équilibre. Chez l’homme, il semblerait induire des idées suicidaires et abaisser le seuil de déclenchement des crises d’épilepsie, en plus de quelques effets secondaires désagréables.

Le drame individuel et social que constitue l’addiction, notamment à l’alcool, n’a pas encore trouvé de réponse médicamenteuse réellement satisfaisante. Rappelons que 10 % des français auraient un problème avec l’alcool et 2 millions seraient alcoolo-dépendants ; annuellement, 45 000 décès seraient dus à l’alcool ; sa responsabilité dans la survenue de cancers, de cirrhose du foie, de diverses maladies chroniques et de troubles psychiques est avérée.
Les effets du baclofène dans ce domaine, bien que prometteurs, ne sont pas encore suffisament étudiés avec des protocoles et sur des cohortes adaptés.

Le baclofène, « vieux médicament » sans enjeu financier, n’excite pas les laboratoires et son AMM (autorisation de mise sur le marché) comme médicament anti-addiction n’est pas acquise ! Et en l’absence d’AMM, les médecins ne pourront pas le prescrire… Or, chaque Français de 15 ans et plus a consommé en moyenne 13,4 litres d’alcool pur en 2003 (ce qui représente trois verres standards d’alcool par jour et par habitant)

d’où la Pensée du jour
« Un verre ça va, trois verres bonjour les dégâts !!! »

Sources

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