Barbituriques

Dérivant de la malonylurée ou acide barbiturique, appelé ainsi en raison de la forme de ses cristaux « semblables à une lyre » (barbitos), les barbituriques forment une classe chimiquement et pharmacologiquement homogène et historiquement très importante. Leur action dépressive sur le système nerveux central en font essentiellement des sédatifs, à doses plus fortes des hypnotiques et, quelquefois, des anesthésiques généraux. Leur utilisation fut une véritable révolution en thérapeutique, notamment dans le traitement de l’épilepsie, qui concerne environ 50 millions de personnes dans le monde.

C’est en 1903, que la diéthylmalonylurée (ou barbital) préparée à Vérone par Hermann Emil Fischer (prix Nobel de Chimie 1902) fut introduite en thérapeutique sous le nom commercial de Véronal®. Le phénobarbital fut introduit en 1912 et vendu sous le nom de Gardénal® pour en faciliter la mémorisation tant par les médecins que par le public (« garder nal de Véronal ») ! Très largement prescrit dans les années 1930 et 40 pour traiter des maux divers comme l’épilepsie, il est encore largement utilisé chez l’homme et en médecine vétérinaire.

Les barbituriques possédant un hydrogène sur le carbone (position C-5) se caractérisent par l’existence d’un équilibre lactame / lactime, la forme 1 est cristallisée, la forme 2 en solution.

Les barbituriques possédant un hydrogène sur le carbone (position C-5) se caractérisent par l’existence d’un équilibre lactame / lactime, la forme 1 est cristallisée, la forme 2 en solution.

Les barbituriques sont des dépresseurs du système nerveux central dont les caractéristiques déterminent l’utilisation. Les produits à action prolongée seront plutôt utilisés pour traiter l’épilepsie tandis que les produits à action très brève sont parfaits pour un usage en anesthésie générale. Les principaux représentants de cette famille sont le phénobarbital, l’amobarbital, le butobarbital et le thiopenthal utilisé en anesthésie générale sous le nom de Pentothal®.

Les barbituriques hypnotiques ne sont plus guères utilisés, car ils présentent trois graves inconvénients : ils entraînent une dépendance physique et psychique avec syndrome de sevrage ; ils induisent et stimulent le métabolisme de nombreux médicaments, avec de graves interactions médicamenteuses, par exemple avec les anticoagulants. L’overdose aux barbituriques est impliquée dans près d’un tiers des décès imputés aux drogues, incluant le suicide et l’empoisonnement accidentel aux médicaments. L’alcool potentialise leur action, d’où le cocktail bien connu des candidate(e)s au suicide... surtout hollywoodien.

L’action du phénobarbital dans l’épilepsie a été et reste un de ses apports majeurs. Affection neurologique, et non pas maladie mentale, à l’origine d’une grande souffrance physique mais aussi psychologique et sociale, elle est d’une grande variabilité individuelle.

On estime qu’un être humain sur 20 fera une crise d’épilepsie isolée dans sa vie et qu’elle concerne en France 1 % de la population, avec 30 000 nouveaux cas par an, dont 30 % d’origine génétique. Les crises ont lieu lorsque les neurones produisent soudainement une décharge électrique anormale dans certaines zones cérébrales.

Le phénobarbital est actif sur le Grand Mal mais peut aggraver le Petit Mal. Le premier est le plus spectaculaire. Le patient se raidit, puis viennent les convulsions, enfin la perte brutale de connaissance. Le retour à la conscience est progressif, le sujet peut rester confus et perdre même le souvenir de la crise.

Les absences ou « Petit mal » représentent une forme fréquente d’épilepsie et concernent quasi exclusivement les enfants impubères : perte brusque du contact avec regard vitreux, absence de réactivité aux stimuli, etc. Elles durent quelques secondes, souvent sans signes précurseurs ni suivi d’un ressenti particulier, et peuvent se répéter 10 à 100 fois par jour en l’absence de traitement.

Le phénobarbital (et le valium) arrêtent dans un premier temps les crises épileptiques de l’enfant, mais peuvent les aggraver après plusieurs traitements. Ces médicaments renforcent en effet l’action du GABA, médiateur de l’inhibition cérébrale qui permet, en temps normal, l’entrée d’ions chlorure dans le neurone ; avec le temps, l’effet inverse est observé, le GABA devenant responsable d’une accumulation toxique des ions (cf. GABA).

Des hommes politiques, comme Alexandre le Grand et Jules César, Charles Quint et Richelieu, et aussi Lénine et Napoléon I étaient épileptiques ou présumés tels. De grands écrivains également, comme Molière, Dostoïevski et Flaubert, ainsi que de grands religieux comme Paul de Tarse, Jeanne d’Arc et Pie IX. Et même des scientifiques comme Hermann Ludwig von Helmholtz et Alfred Nobel…

La maladie était appelée au Moyen Age le « mal de Saint Jean », en référence à la « danse des sept voiles », danse frénétique (assimilable à une crise d’épilepsie) de Salomé au banquet d’Hérode. Dans certaines régions, l’espoir s’emparait des « danseurs de Saint Jean », qui attendaient avec impatience la Saint Jean-Baptiste (24 juin) et le miracle qui les soulageraient de leur détresse. D’où la…

Pensée du jour
« En cas d’épilepsie, l’espoir et la foi c’est bien, les barbituriques c’est mieux. »

Sources

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