Caféine

Avec une consommation de l’ordre de 120 000 t/an, la caféine est la plus populaire des molécules psychoactives. Consommée depuis la nuit des temps par l’entremise de feuilles, baies et graines, la caféine est un alcaloïde de la famille des méthylxanthines. Pure, c’est une poudre blanche et amère, découverte indépendamment par le chimiste allemand Friedlieb Ferdinand Runge en 1819, le chimiste français Pierre Jean Robiquet et le célèbre tandem Joseph Bienaimé Caventou et Pierre-Joseph Pelletier en 1821.

C’est ce dernier qui proposa le nom de caféine parce que extraite du café. On la trouve effectivement dans le café, le thé, le chocolat, la noix de kola, etc., à des concentrations variables (de 10 à 100 mg par tasse) ; les sodas bien connus et les nouvelles boissons énergisantes qui font voir rouge (les F1 Ferrari) en contiennent des doses souvent plus importantes.

De son vrai nom IUPAC 3,7-dihydro-1,3,7-trimethyl-1H-purine-2,6-dione, la structure de la caféine fut établie par Emil Fischer (cf. Glucose) qui en réalisa la synthèse à la fin du XIXe siècle. Comme beaucoup d’alcaloïdes produits par les plantes, la caféine serait à la fois un pesticide naturel détruisant les insectes s’attaquant à la plante et un inhibiteur de la germination des graines autres que celles produites par la plante, lui offrant ainsi une meilleure chance de survie.

La caféine est métabolisée au niveau du foie par des cytochromes P450, en paraxanthine (excitant dangereux à forte dose), mais aussi en théobromine et théophylline (cf. Chocolat). Sa demi-vie dans l’organisme dépend de l’individu : état de santé, âge, corpulence, etc. et s’établit autour de 5 h.

Certains animaux, chiens, chevaux, perroquets, y sont sensibles, les araignées aussi ! Antagoniste des récepteurs à adénosine dans le cerveau, la caféine a un effet désinhibiteur de l’activité cérébrale, avec libération d’adrénaline et de dopamine.
La caféine en intensifie et prolonge les effets comme ceux de molécules telles l’amphétamine ou la méthamphétamine. La caféine est un psychostimulant ; il entraîne une accélération du rythme cardiaque et une vasodilatation, des performances sportives ainsi qu’une capacité de travail mental accrues.

Les phénomènes d’accoutumance semblent bien réels, et apparaissent à des doses de 3 fois 400 mg/jour pendant 7 jours. La dépendance ne semble pas d’ordre psychologique, mais liée à l’excès de récepteurs à l’adénosine et au manque de récepteurs à la dopamine. L’intoxication à la caféine exige plus de 600 mg de caféine par jour pendant une durée prolongée ; ce n’est pas véritablement un poison comme le sont beaucoup d’alcaloïdes végétaux, mais elle peut malgré tout être mortelle à des doses correspondant à 60 à 100 tasses prises en un temps limité (dose létale DL50 : 150 à 200 mg par kg de masse corporelle). Elle passe dans le lait maternel, et surtout traverse la barrière placentaire et le foetus a une caféinémie identique à celle de sa mère.

Et le café ?

Le café, apparu en France en 1657, ne se résume pas à la caféine, il contient plus de 50 éléments, vitamines, oligo-éléments, minéraux et polyphénols, source d’antioxydants pour la protection de nos artères. Madame de Sévigné avait prédit que, comme Racine, le café passerait de mode !

Dès sa découverte, le café a suscité des débats quant à ses effets sur la santé, les imans arabes désirant et obtenant un temps son interdiction.

En 1674, à Londres, des femmes firent circuler une pétition accusant le café de provoquer l’impuissance et, en 1679, la thèse d’agrégation de M. Colomb affirmait que le café attaquait le cerveau, provoquait paralysie, impuissance et « horrible maigreur ».C’est vrai qu’il est peu calorique (2 calories par tasse, sans sucre), augmente même les dépenses énergétiques (15 % environ) et stimule la lipolyse…

Au-delà des grandes variétés (Arabica, Robusta...), l’origine géographique, comme les crus dans les vins et le chocolat ou le thé, donne à chaque café un goût original, parfois perdu par des pratiques ultérieures inadéquates comme conservation, torréfaction, percolation, etc.

De multiples études ont été réalisées sur le rôle du café, sur le système cardio-vasculaire, le système digestif, le système nerveux, le diabète de type 2, sur une possible carcinogénèse… Il semble être efficace dans la maladie de Parkinson. La consommation de café serait donc, à l’exception peut-être du cas des femmes enceintes et des jeunes enfants, sans risque pour la santé : elle serait même bénéfique. A condition de ne pas en abuser comme le faisait Voltaire ou Honoré de Balzac, et d’éviter le sucre (cf. Saccharose).

Le café décaféiné, qui ne l’est jamais totalement (toutes les marques contiennent quelques mg de caféine), est produit industriellement, soit par extraction par un solvant organique (acétate d’éthyle) ou à l’eau, soit par fluide supercritique (cf. Dioxyde de carbone). Certaines des propriétés du café sont conservées, au moins partiellement.

Le café et les cafés

La socialisation a un effet positif avéré sur le comportement et la santé physique et mental des hommes et le café et les cafés en témoignent ! Deux des plus anciennes institutions financières de Londres (Lloyds’s et la Bourse) ont été fondées dans des cafés et, en 1709, le café Jonathan’s serait devenu « le plus grand marché de ceux qui trafiquent les actions ». Pour la petite histoire, rappelons que ce qui allait devenir la Société chimique de France (dite de Paris à cette époque) fut créée dans un café…

La Cantate du Café, BWV 211, composée par J.-S. Bach en 1734 pour le Collegium Musicum était une sorte d’opéra-comique, destiné au café Zimmermann de Leipzig, avec un narrateur ténor et un dialogue entre une basse et une soprano moquant la consommation excessive du café. La première « maison de café » sera ouverte en France en 1672. Procope ouvrira la sienne en 1684. Rapidement, les cafés deviennent un lieu public de discussion littéraire, artistique mais aussi philosophique et politique. Montesquieu les dénonce dès 1721 : « ceux qui fréquentent ces endroits s‘y échauffent la cervelle ». Berceaux de l’Esprit des Lumières et du combat intellectuel ou révolutionnaire, ils sont vite ouverts aux femmes, mixité diabolique au XVIIIe siècle en dehors des salons aristocratiques !

Pensée du jour
« Le café arrive, cette liqueur grave et saine
Qui guérit l’estomac, rend le génie plus vif
Et ragaillardit les esprits sans rendre forcené
 »
(Anonyme, 1674)

Sources

Pour en savoir plus

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