Chanvre et cannabis

Connu et domestiqué depuis le néolithique, le chanvre est une des plantes les plus cultivées au monde. La culture de cette cannabinacée (la chènevière, ou canebière dans le sud de la France, désigne un champ de chanvre) trouve, après un fort déclin, un regain d’intérêt dans les pays européens.

Le chanvre connaît, en effet, de multiples utilisations, notamment industrielles, telles les tissus (le canevas est constitué de fibres de chanvre), la construction, les cosmétiques, l’isolation phonique et thermique, la fabrication d’huiles, de cordages, de litières, l’utilisation sous forme de combustibles, en papeterie, pour l’alimentation humaine, l’alimentation animale, comme biocarburants, pour des usages médicamenteux ou comme matériaux composites en association avec des matières plastiques, et même pour un usage dit récréatif…

Les semenciers de l’Union européenne travaillent donc à la création de cultivars de Cannabis sativa subsp. Sativa, le chanvre cultivé légalement, afin de répondre aux nouveaux défis énergétiques et environnementaux. Ces cultivars font l’objet d’un programme de sélection génétique intensif afin de minimiser leur teneur en « ∆-9tétrahydrocannabinol », ou THC, responsable des effets psychotropes de certaines parties de la plante.

Le cannabis ou chanvre indien (une sous-espèce de C. sativa) est l’une des plantes de culture et d’usage les plus anciennement connues. Originaire d’Asie Centrale, sa culture s’est répandue dans toutes les zones tropicales ou tempérées. C’est le stupéfiant le plus consommé dans le monde et il est connu sous plus de 350 noms différents (marijuana, haschich, shit, ganja, kif, beuh, etc.). Il est généralement fumé, mais peut être inhalé, injecté, etc.

Le cannabis contient une centaine de composants volatils, responsables de son odeur caractéristique, essentiellement des monoterpènes (cf. Limonène et Monoterpènes) et des sesquiterpènes (les premiers étant généralement majoritaires) comme, outre le THC, l’α-pinène, le myrcène, le trans-β-ocimène, l’α-terpinolène, le trans- caryophyllène.
Nombre de ces composés sont présents dans les fleurs femelles de houblon ajoutées après la fermentation de la bière pour lui donner son amertume ; quant à l’oxyde de caryophyllène, présent dans le haschich, des chiens sont entraînés à le détecter.

Un cannabinoïde également présent en grande quantité dans certains chanvres est le cannabidiol (CBD), qui n’est pas psychoactif, mais semble, au contraire, bloquer les effets du THC sur le système nerveux (fatigue, ivresse, anxiété..). Ils sont l’un et l’autre des métabolites primaires, et le rapport THC/CBD serait contrôlé génétiquement, quoique des facteurs externes (sol, mode de culture, etc.) puissent jouer un certain rôle. On constate aussi que la concentration de chacun des deux composés dans les fibres de chanvre varie en sens inverse, quand l’une est importante, l’autre est généralement faible.

Bien qu’utilisé depuis plus de 10 000 ans à des fins aussi bien religieuses que médicales, et dans presque tous les pays (Chine, Inde, Egypte, Grèce…), certains cannabinoïdes végétaux (CBD et cannabinol, CBN) n’ont été chimiquement décrits que dans les années 1940, et la structure du THC déterminée en 1964 seulement. Leurs récepteurs chez l’homme n’ont été découverts qu’au début des années 1990. On en a décrit deux types : le récepteur CB1 qui se trouve dans l’hippocampe, le cortex associatif, le cervelet et les ganglions de base ; le récepteur CB2 qui se trouve dans certaines parties du système immunitaire, dont la rate. Ce sont ces derniers qui seraient responsables des effets anti-inflammatoires, et d’autres effets thérapeutiques du cannabis, alors que les premiers seraient à l’origine des effets euphoriques et anti-convulsifs.

Les cannabinoïdes végétaux (dits aussi naturels) sont concentrés dans la résine visqueuse produite en structures glandulaires connues sous le nom de trichomes, et par les fleurs femelles (les cannabaceaes sont généralement sexuées). Cette résine, éventuellement en « pain » et appelé shit quand il est coupé et mélangé à d’autres ingrédients, est le véritable hachisch pouvant être fumé.
La marijuana, quant à elle, désigne les feuilles et les fleurs séchées de la plante. Les « guerilleros » sont, à l’origine, les acteurs de la culture clandestine, ou guerilla grow, du chanvre.

Les végétaux ne sont pas les seuls à synthétiser des cannabinoïdes. Hommes et animaux en sont également capables, mais il a fallu attendre la découverte de leurs récepteurs pour que les scientifiques tentent d’isoler les composés les activant. Le premier de ces cannabinoïdes endogènes fut isolé en 1992, et appelé anandamide (du nom de la déesse de l’éternelle suavité, Ananda, en sanskrit).
Ce N-arachidonoyléthanolamide (ou AEA) se lie, comme le THC sur les deux récepteurs CB1 et CB2.

Il est synthétisé dans l’espace post-synaptique à la suite d’une dépolarisation calcique (cf. GABA), et agit comme neuromodulateur en diminuant la transmission de l’influx nerveux. Cette modulation intervient au niveau de la mémoire (hippocampe), des émotions (amygdale), de l’activité motrice (ganglions de la base). Elle joue en analgésie centrale (rhombencéphale) et a probablement un rôle dans la cognition, l’habituation et tous les systèmes de récompense.

On n’a recensé que cinq autres endocannabinoïdes pour l’instant, ayant tous un squelette arachidonoyle. Leurs rôles et effets sont encore mal compris, ils semblent que leurs actions soient multiples, expliquant peut-être la variété des applications thérapeutiques du cannabis, notamment via la libération d’autres neurotransmetteurs.

Le THC synthétique, appelé dronabinol, est chimiquement pur et ne contient donc ni CBD ni CBN. En conséquence, ses propriétés pharmacologiques sont différentes de celle des préparations naturelles. Les cannabinoïdes de synthèse sont désormais davantage basés sur la structure des endocannabinoïdes. Ils sont particulièrement utiles pour les études des relations structure moléculaire et activité.

Le cannabidiol est un des constituants majeurs, avec le cannabinol du cannabis médicinal. Il a de très nombreuses utilisations, anti-inflammatoire, anti-convulsion, anti-anxiété, anti-nauséeux (notamment dans les chimiothérapies), dans le traitement des cancers. C’est aussi un anti-psychotique dans le traitement de la schizophrénie, dans le traitement de la sclérose multiple, etc.

Tout récemment (septembre 2011), une étude a montré que dans des conditions contrôlées, la marijuana administrée à des rats hyperstressés (dont le comportement est analogue à celui des hommes) prévient le développement des désordres post-traumatiques (PTSD) sans effacer le traumatisme lui-même.

Les cannabinoïdes sont-ils bénéfiques ou dangereux ?

De très nombreux rapports, revues, forums en discutent. La teneur en THC dans les produits vendus sur le marché ne cesse d’augmenter, elle est passée de 5 à 8 % à parfois 30 % actuellement. L’augmentation du nombre des consommateurs, de plus en plus jeunes (en moyenne 14 ans aux États-Unis pour près de 69 millions de consommateurs épisodiques ou réguliers) et l’apparition de variétés hybrides comme le skunk entraînant une dépendance plus rapide et des comportements à risque plus importants, ont conduit à un raidissement de la législation, particulièrement en France.

Cependant, certains pays admettent l’utilisation thérapeutique du cannabis, sous contrôle médical strict, en complément d’un traitement médical classique, pour ses propriétés anti-douleurs au bénéfice de certains patients qui ne supportent pas les prescriptions habituelles (par exemple anti-vomitifs dans les traitements des cancers et du VIH, glaucome, etc.).

Pensée du jour
« Corde de pendu, maison écolo, biocarburant, médicament, drogue récréative ou à l’origine de comportements dangereux pour soi et les autres, le chanvre est, comme la parole, la meilleure et la pire des choses ! »

Sources

Pour en savoir plus

Déjà membre de la SCF ?

J'adhère