Cristal

Comme son nom ne l’indique pas, le cristal est un verre, c’est-à-dire un solide non cristallin, riche en plomb, dont la concentration en masse doit être comprise entre 40 % et 24 % pour avoir droit à l’appellation « cristal » selon des normes qui sont devenues internationales.

L’appellation « cristal » est cependant plus ancienne puisqu’elle a été initialement utilisée à Venise à la fin du XVe siècle par les verriers vénitiens pour caractériser des objets en verre particulièrement fin et transparent. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que le cristal de Bohême signe la qualité d’un verre dur et éclatant qui supplanta la production vénitienne sur les tables royales. Et pourtant ce verre est différent des verres au plomb dont l’invention est attribuée à Stephen Falango en Angleterre vers 1627.

Un verre est traditionnellement composé :

  • d’un formateur de réseau qui est la silice (ou sable très pur), SiO2 (cf. Silice),
  • d’un fondant qui abaisse la température de fusion et qui se place entre les liaisons Si-O-Si et qui est souvent un oxyde alcalin Na2O (cf. Sodium) ou K2O (cf. Potassium),
  • d’un modificateur de type métallique tel CaO, MgO, PbO ou B2O3.

Dans le cristal, à coté de la silice qui est procurée par un sable blanc, aussi pur que possible, à faible teneur en oxydes de fer, on va trouver le potassium avec K2O qui, à l’origine était fourni par les cendres de plantes telles que les fougères ou par le salpêtre KNO3.

Le plomb est ajouté par le minium, Pb3O4 (cf. Minium). Le potassium abaisse aussi la température de fusion de la silice, donne un éclat à la taille du verre et élargit le domaine de température d’ouvrabilité (Tg et le domaine de viscosité).

Le plomb abaisse aussi la température de fusion, mais apporte une densité plus élevée, rend également le verre plus agréable à travailler et donne aux pièces moulées ou soufflées un son et un éclat particulier.

Pour la fabrication du cristal, le mélange de sable, carbonate de potassium et d’oxyde de plomb est porté à haute température au dessus de 1 400 °C. Le bain en fusion doit être « mûri » pendant plusieurs douzaines d’heures pour que toutes les bulles de décomposition du carbonate contribuent à rendre le mélange homogène, puis s’éliminent.

L’opération se fait en « Pots » en fabrication artisanale ou en bassins pour la fabrication industrielle. Dans les cristalleries traditionnelles, les objets sont faits à la main avec les cueilleurs, souffleurs et tailleurs. Les compositions moyennes sont les suivantes :

Pour les couleurs, on ajoute des oxydes de métaux de transition : oxyde de nickel pour le violet, de cobalt pour le bleu, de cuivre avec du chlorure d’or pour le rouge rubis.

Les cristalliers, comme les verriers, se sont d’abord implantés dans les zones boisées qui fournissaient le bois pour chauffer les fours de fusion et même les cendres qui fournissaient le potassium. Dans ces zones reculées, le privilège royal leur permettait de porter l’épée pour se défendre, d’où le nom de « noblesse de verre » raillé par la vraie noblesse de sang.

En France, l’histoire du cristal débute en Lorraine avec la verrerie de Münzthal fondée en 1586, mais c’est seulement en 1767 que le roi Louis XVI lui confère par lettre patente le titre de « Verrerie royale de Saint-Louis » et en 1782 François de Beaufort met au point la formule du cristal avec plus de 35 % de plomb.

Cinquante ans plus tard, la manufacture se consacre essentiellement au cristal et lance la mode et la notion de service de verres de luxe pour la table avec le célèbre modèle « Trianon ».

À la suite de Saint-Louis, les cristalleries se développent dans l’Est avec la cristallerie de Baccarat, faisant suite à la verrerie crée en 1767 avec un premier four à cristal en 1816 et en 1823 le premier service pour les tables royales et en 1861 le célèbre service « Harcourt » pour l’empereur Napoléon III. Ce fut ensuite Daum en 1878, puis Lalique à la fin du XIXe siècle qui naquirent. Ces cristalliers, ont su s’adapter depuis les années 1980 aux mutations du marché en diversifiant leur produits avec de nouveaux vases, sculptures, bijoux, qui ont permis, avec des regroupements, un nouveau dynamisme.

Dans une autre vallée, très boisée elle aussi, au XIXe siècle, la vallée de la Bresle en Normandie se sont regroupées une demi-douzaine de cristalleries spécialisées dès le début dans le flaconnage pour les parfums et les cosmétiques et renforcées en 1950 avec l’automatisation. C’est maintenant un pôle mondial reconnu : « vallée de la Bresle- Glass Valley » avec en amont et en aval des industries de fonderies et mouleurs qui parachèvent les flacons. Au départ, artisanales ces entreprises utilisent maintenant des technologies performantes et contribuent au marché du luxe à l’exportation.

Enfin, c’est dans une petite ville de l’Audomarois dans le Pas-de-Calais, Arques, qu’une verrerie fondée en 1825 provoqua une révolution en 1968 par la fabrication automatisée du cristal, véritable prouesse technique ne nécessitant plus de taille ni façonnage à la main et qui a bouleversé les arts de la table. C’est bien sûr du demi-cristal (24 % ou moins), mais accessible dans la grande distribution avec des modèles comme « Versailles » ou « Longchamp » que l’on retrouve à des millions d’exemplaires dans plus d’une centaine de pays. Tout récemment, la cristallerie d’Arques a lancé, écocitoyenneté oblige, le « cristal sans plomb ».

Pour être complet, il faut parler du cristal de roche qui est du quartz pur (cf. Silice), gemme que les égyptiens et l’Islam ont parfois chargé de vertus et propriétés thérapeutiques, voire magiques. C’est un minéral naturel, mais que l’on peut aussi faire artificiellement par cristallisation sous pression de la silice. Plus curieux sont les « crânes de cristal » qui sont des reproductions de crâne humain taillé dans le cristal de roche auxquels la culture aztèque ou maya prêtaient des vertus magiques.

La légende des 13 crânes de cristal qui doivent empêcher la fin du monde en 2012 a pris un mauvais coup lorsqu’on s’est aperçu que les fameux crânes indiens avaient été faits au XIXe siècle par des artisans allemands d’Idar-Oberstein, village proche d’un mine de quartz. Cela n’a pas empêché le succès en 2008 du film « Indiana Jones et le crâne de cristal » !

Pensée du jour
« Le verre c’est du souffle solidifié, mais le cristal c’est la lumière emprisonnée. »

Sources

Pour en savoir plus

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