De l’AISC à l’IUPAC

Il y a cent ans les délégués de la Société chimique de France (SCF), de la Chemical Society of London (CSL) et de la Deutsche chemische Gesellschaft (DCG) signaient à Paris l’acte de naissance de l’Association internationale des sociétés chimiques (AISC).

C’est à Bâle en septembre 1910, à l’occasion d’une réunion de la société chimique suisse, que Albin Haller* et Wilhelm Ostwalddiscutèrent de l’opportunité de la création d’une association internationale, dont la tâche principale serait entre autres d’établir des règles internationales de nomenclature, de définir les standards et d’harmoniser la publication des mémoires et de leurs extraits. Dès le mois d’octobre, Albin Haller, président de la Société chimique de France en 1910, avait entrepris une correspondance avec Sir William Ramsay, et Wilhelm Ostwald à ce sujet. La discussion dura jusqu’au 8 mars 1911 où une date de réunion fut retenue. La rencontre eut lieu à Paris les mardi 25 et mercredi 26 avril 1911. Chacune des trois sociétés avait délégué trois représentants. Il était entendu que le compte rendu de cette réunion ainsi que les statuts de la future association seraient écrits en français.

A. Haller W. Ostwald W. Ramsey

Le lieu de la réunion ne nous est pas connu, mais le mardi matin à 10h30, Auguste Béhal*‡, président de la SCF pour 1911, ouvrait la première séance en accueillant Paul Jacobson, Ostwald et Hermann Wichelhaus pour la DCG, et Sir William Ramsay pour la CSL. Des deux autres membres de la délégation britannique, Percy F. Frankland, président de la CSL, n’arriva que l’après-midi, et Raphael Meldola s’était excusé de ne pouvoir assister à la réunion pour raison de santé. La délégation française était composée, outre A. Béhal, de A. Haller, président sortant, et de Maurice Hanriot* futur président pour 1912. Les délégations arrivaient avec l’accord de leurs conseils respectifs pour la création de cette association internationale.

A. Behal H. Wickelhaus

Le Conseil de la Société chimique de France avait nommé une commission pour préparer le travail des délégués. Cette commission était composée de Béhal, Haller, Armand Gautier*, Léon Maquenne*, Henry Le Chatelier‡, Léon Lindet*, Gabriel Bertrand*‡ et Georges Urbain*. Elle devait s’occuper de l’organisation, du fonctionnement et des travaux de la future Association.

Les propositions de la commission furent discutées et un consensus établi. Chaque pays serait représenté dans le Conseil de l’Association par une seule société chimique (adoptée à l’unanimité moins une voix). Les trois sociétés à l’initiative de cette création proposeraient trois délégués pour faire partie de ce Conseil. L’on ferait appel à d’autres sociétés, comme l’American Chemical Society, la Société de chimie et de physique russe, la collectivité des sociétés chimiques d’Italie, auxquelles on ajouta l’après-midi la Faraday Society, la Bunsen Gesellschaft, la Société de chimie et de physique de Madrid, la Société de chimie physique de Paris. Sur proposition d’Ostwald, on accepterait les groupements de chimistes des autres pays lorsqu’ils seraient constitués en Sociétés. Enfin, le président de l’Association, nommé par le Conseil pour une durée égale à l’intervalle de deux sessions consécutives, serait en même temps président du Conseil. La présidence serait dévolue par roulement et par pays. Le Bureau du Conseil serait constitué des trois délégués de la nationalité du président. Le Conseil décida alors que la première réunion aurait lieu en Allemagne, la suivante en Angleterre, et la troisième en France. La question du Bureau permanent fut reportée.

Les délégués passèrent ensuite à l’examen des questions à traiter (nomenclature en chimie minérale, poids atomiques, unification des notions des constantes physiques, rédaction des tables de matières, unification des formats de publication, mesure à prendre pour restreindre la répétition des mêmes publications, publication d’un lexique plus complet que les ouvrages existant actuellement). La création d’une commission des comptes-rendus des travaux et d’une commission pour une langue universelle fut envisagée.
Les moyens d’action de l’Association devaient passer par la publication dans les journaux des sociétés affiliées, la nomination de commissions d’études internationales ou nationales, des publications spéciales, la tenue de congrès et de conférences. Les frais générés par le fonctionnement de l’AISC seraient supportés par les sociétés affiliées au prorata du nombre de leurs adhérents.

À la fin de la séance, l’association fut déclarée constituée. Le lendemain, les délégués se réunirent dès 9h30, en l’absence d’Haller et de Meldola. Ramsay fit adopter le procès-verbal de la séance de la veille et passa la présidence à Wichelhaus. Le projet de statuts dont les termes avaient été discutés la veille fut soumis de nouveau à discussion. Le procès-verbal fut adopté l’après-midi par l’ensemble des huit délégués. Mais il ne pouvait devenir définitif qu’après le vote par correspondance du dernier article touchant à la participation financière des trois sociétés fondatrices.

Wichelhaus céda ensuite la présidence à Haller. L’Association étant maintenant constituée, on procéda à l’élection du président par bulletin secret. Ostwald obtint cinq voix, Wichelhaus deux voix, et Jacobson une voix. Ostwald, ainsi élu président, remercia et invita à se réunir à Berlin le jeudi 13 avril 1912.

La réunion de Berlin eut lieu en fait du 11 au 14 avril, avec Jacobson comme secrétaire, lequel eut beaucoup de mal à obtenir les rapports demandés aux membres de l’AISC. Durant cette année écoulée, les sociétés néerlandaise, suisse, américaine et italienne avaient adhéré au projet. La réunion de Berlin devenait un véritable congrès à organiser, et une année se révéla une période trop courte pour réaliser les rapports attendus, si bien que la réunion se passa principalement à régler les aspects organisationnels de la nouvelle association. Le congrès de 1913 devait avoir lieu à Londres sous la présidence de Ramsay, mais la demande de Solvay pour une réunion à Bruxelles l’emporta ; les conditions matérielles offertes par l’industriel belge étaient si séduisantes qu’elles ne pouvaient se refuser. L’AISC bénéficierait d’un secrétariat permanent dans le futur institut de chimie, mais devait tenir ses réunions à Bruxelles. Haller obtint cependant que le siège social de l’AISC restât à Paris. L’année suivante, le congrès ne put avoir lieu à cause de la guerre, et l’AISC, représentée par quatorze sociétés chimiques, suspendit ses activités. Le Bureau était alors constitué de Haller, président, Hanriot, vice-président, et Béhal secrétaire général.

La guerre rompit les relations entre les savants. Les exactions perpétrées par l’armée allemande en zones occupées, particulièrement en Belgique, pays neutre, suivies du manifeste des 93 intellectuels allemands les niant à l’automne 1914, et les gaz asphyxiants à partir du 22 avril 1915, provoquèrent un sentiment d’horreur qui incita les Alliés à rejeter toute possibilité de coopération avec les savants allemands la paix revenue.

En 1918, la Conférence interalliée des Académies scientifiques proposait de dissoudre les anciennes associations internationales et d’en créer de nouvelles sans l’Allemagne et les puissances centrales. Pour les chimistes, des réunions eurent lieu à Paris et à Londres de novembre 1918 à juillet 1919. Elles conduisirent à déclarer la dissolution de l’AISC au Congrès des académies scientifiques, à Bruxelles le 22 juillet 1919 par A. Haller (comme président élu en 1914).

Immédiatement après, Charles Moureu*, président de la commission provisoire, déclara fondée la Confédération internationale des associations de chimie pure et appliquée qui devint quelques heures après l’Union internationale de chimie pure et appliquée, expression plus conforme aux statuts du Conseil international de recherches dans lequel elle s’intégrait. Moureu fut élu président de cette nouvelle UICPA pour trois ans. Cette UICPA reprenait peu ou prou les objectifs de travail et le type de fonctionnement de sa sœur aînée, l’AISC, sans les chimistes allemands. Ces derniers furent réintégrés dans les associations internationales à partir de 1926 lorsque l’Allemagne fut admise à la Société des nations.

Sources

  • Les chimistes dont le nom est suivi d’un astérisque ont été présidents de la SCF, ceux dont le nom est suivi du signe ‡ ont été présidents d’honneur. Leurs notices apparaissent dans : L. Lestel, Ed., Itinéraires de chimistes 1857-2007 : 150 ans de chimie en France avec les présidents de la Société Française de Chimie, EDP Sciences, 2007 (ISBN : 978-2-86883-915-2).
  • http://en.wikipedia.org/wiki/William_Ramsay
  • http://fr.wikipedia.org/wiki/Wilhelm_Ostwald

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