Dioxines

Les dioxines sont une grande famille de 210 membres, appelés « congénères ». La toxicité de 17 d’entre eux, des dibenzodioxines, a jeté l’opprobre sur tous. La plus connue, dite « dioxine de Seveso » est la 2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-p-dioxine (TCDD).

La structure générale des dioxines, hétérocycles aromatiques oxygénés, montre qu’il existe en théorie trois isomères de position, ortho, para et méta, dont seuls les 2 premiers sont stables, car aromatiques (cf. F.A. Kekulé). Les dioxines désignent donc aussi tout composé qui contient un cycle de ce type et plus particulièrement les polychlorodibenzo-p-dioxines (ou PCDD).

Les dioxines sont principalement issues des processus industriels, mais elles peuvent être produites lors de phénomènes naturels comme les éruptions volcaniques ou des incendies de forêts, et donc de la pratique ancestrale de l’écobuage. L’émission de dioxines dans l’air est principalement due aux incinérateurs de déchets ménagers, en raison de combustion incomplète, à l’industrie métallurgique et sidérurgique (ces deux sources sont responsables de plus de 50 % des émissions de dioxines). Les dioxines sont également des sous-produits indésirables que l’on trouve lors des procédés de fabrication comme le blanchiment au chlore des pâtes à papier ou la production de pesticides.

Les polychlorobiphényles (ou PCB, ou encore Pyralène®) sont à l’origine, en cas de surchauffe, de la formation de dioxines. Des fuites accidentelles non traitées, des déversements volontaires ou des mises en décharge de transformateurs aux PCB, ont été responsables de graves atteintes à l’environnement, car les PCB, de structure chimique analogue à celle des dioxines, sont des composés hautement persistants dans les sols, les eaux et dans la chaîne alimentaire. Ils sont maintenant interdits, malgré d’intéressantes propriétés comme fluides hydrauliques, caloporteurs, et leurs applications électriques (transformateurs, condensateurs) car ils sont ininflammables, relativement stables thermiquement, etc.

On retrouve des dioxines sur l’ensemble du globe et pratiquement dans tous les milieux. Les concentrations les plus importantes ont été découvertes dans le sol et les aliments comme les produits laitiers, la viande, les crustacés et le poisson. Malgré de fortes émissions dans l’air, les concentrations y sont faibles, de même pour ce qui concerne les plantes et l’eau.

La catastrophe de Seveso et « l’agent orange »

La catastrophe de Seveso, catastrophe industrielle survenue le 10 juillet 1976, vit un nuage toxique se répandre sur la plaine lombarde après l’explosion d’un atelier de l’usine chimique Icmesa. Cet accident industriel est dû à la surchauffe d’un réacteur fabriquant du 2,4,5-trichlorophénol qui a libéré un nuage toxique contenant plusieurs produits mal identifiés sur le moment.
On a d’abord pensé qu’il s’agissait seulement de 1,2,4,5-tétrachlorobenzène et de polyéthylène glycol, les réactifs de départ.

C’est seulement au bout de quatre jours, quand apparurent les premiers cas de chloracné, que les laboratoires Hoffmann-Laroche qui en furent chargés, identifièrent l’agent responsable, le 2,3,7,8-TCDD, produit connu maintenant sous le nom de « dioxine de Seveso », dont 1 à 5 kg ont été dispersés. À l’époque, l’absence quasi complète de données scientifiques sur la toxicité des dioxines, ne permettait pas de définir précisément la dangerosité du nuage sur la santé humaine.

On savait cependant que l’une des substances libérées était une composante des défoliants utilisés au Viêt Nam par l’armée américaine, stérilisant une surface d’environ 3 départements français. Cet herbicide de synthèse, constitué essentiellement de dérivés de deux chlorophénols inhibant la croissance des végétaux, commercialisé dès 1946, doit sa dénomination « Agent orange » à la couleur des bandes peintes sur ses conteneurs.

Sur le plan écologique, la catastrophe était rapidement tangible. Peu après l’accident, les feuilles des arbres jaunirent et les animaux familiers moururent par dizaines : outre les 3 300 animaux domestiques morts intoxiqués, il fallut abattre près de 70 000 têtes de bétail. Par ailleurs, les sols agricoles et les maisons nécessiteront de lourds travaux de décontamination.
En août 1982, les déchets chimiques seront enlevés du réacteur, en vue du démantèlement des installations, et transférés dans 41 fûts pour être envoyés par route à l’usine Ciba de Bâle aux fins d’incinération. Mais une série de fûts, ceux contenant les déchets de dioxine du réacteur, auraient disparus, envoyés frauduleusement par route en Allemagne de l’Est…

Les effets de l’exposition aux dioxines sur la santé humaine

Le bilan exact de la catastrophe sera connu sept ans plus tard, au moment de l’ouverture du procès des responsables des différentes sociétés incriminées : 193 personnes, soit 0,6 % des habitants de la zone concernée, ont été atteintes de chloracné, maladie de la peau, essentiellement des enfants. Aucune n’est décédée, un petit nombre seulement a gardé des séquelles. Parallèlement, la moyenne des cancers et des malformations fœtales n’a pas augmenté de manière significative, et aucune altération du patrimoine génétique n’a été observée sur l’homme, lors d’une exposition exceptionnelle à forte dose ((à partir du microgramme par kilogramme de masse corporelle par jour). La seule victime indirecte fut le directeur de l’usine, assassiné par les Brigades rouges…

Cependant, la surveillance des populations se poursuit, afin de déterminer plus précisément d’éventuels effets hépatiques, immunitaires, etc. lors d’expositions chroniques à des doses plus faibles sur de plus longues périodes : chez l’homme, seuls quelques rares cas de cancers se sont déclarés bien des années après des expositions en milieu professionnel, alors que les rongeurs développent rapidement différents types de cancers. En conséquence, le CIRC (Centre international de Recherche sur le Cancer) a préféré, par mesure de précaution, classer la dioxine dans les « cancérogènes pour l’homme ».

Les conséquences de la catastrophe

La catastrophe est attachée désormais à la directive européenne 96/82/CE qui impose le recensement et le suivi des établissements industriels présentant des risques importants, sans que cela ne concerne que la dioxine. L’urbanisation, qui s’est intensifiée au cours des dernières décennies, a conduit à rapprocher les zones habitées des installations industrielles, avec des risques accrus pour les populations.

Des plans de prévention des risques technologiques (PPRT) ont ainsi été mis en place en France : au total, 421 PPRT concernant 670 établissements industriels sont à élaborer (au 1er janvier 2010, 273 PPRT ont été lancés et 28 approuvés). Les PPRT sont des outils à long terme : la mise en œuvre de leurs mesures pourrait s’étaler sur 30 ans.

Parallèlement, la diminution de l’émission de dioxines est devenue une priorité pour l’Union Européenne depuis 1985 : entre 1985 et 1996, la quantité totale de dioxines d’origine industrielle a été réduite de moitié. Les quantités de dioxines présentes dans le sang humain sont passées de 20 à 10 pg TEQ par gramme de lipides en quelques années. L’usage de PCB (les pyralènes) a été interdit ou abandonné. Les incinérateurs font l’objet de normes et ne doivent pas émettre plus de 0,1 ng de dioxine par mètre cube normalisé de fumée.

De plus, la commission du Codex Alimentarius a adopté en 2001 un code d’usages en matière de mesures prises à la source pour réduire la contamination des denrées alimentaires par les substances chimiques et en 2006, un code d’usages pour la prévention et la réduction de la contamination des aliments par les dioxines et les PCB de type dioxine. En effet, étant lipophiles (solubles dans les graisses), elles s’accumulent dans les tissus adipeux, donc dans la chaîne alimentaire.

Enfin, l’ANSES, dans une étude d’une exceptionnelle importance, tant sur le plan du nombre de substances analysées, que sur celui des données scientifiques collationnées, l’étude nationale de surveillance des expositions alimentaires aux substances chimiques (Etude de l’Alimentation Totale 2 – 2006-2010), publiée en juin 2011, met en évidence, à quelques exceptions près, un bon niveau global de maîtrise sanitaire. Pour ce qui concerne « les dioxines et les PCB, les derniers résultats montrent que le pourcentage d’adultes et d’enfants potentiellement exposés à des niveaux supérieurs au seuil toxicologique considéré comme sans risque pour une exposition à long terme (VTR) est passé de 20 à 25% en 2005, à moins de 1% aujourd’hui. Cette évolution favorable est notamment la conséquence d’une interdiction des PCB en France depuis désormais plus de 15 ans et la mise en place d’une réglementation sur l’ensemble alimentaire aussi bien pour les dioxines que les PCB ».

Cependant, ponctuellement des élevages et des produits laitiers, ont encore pu être gravement pollués par des dioxines issues d’incinérateurs non conformes comme ce fut le cas en Savoie récemment. D’où la

Pensée du jour
« Dioxines et PCB, des aromatiques aux odeurs malsaines… »

Sources

Pour en savoir plus

Déjà membre de la SCF ?

J'adhère