Nitrate d'ammonium (version française, version anglaise); AZF cinq ans après ; Film à voir

 

 

Nitrate d'ammonium

L'explosion d'un stock de 200 à 300 tonnes de nitrate d'ammonium le 21 septembre 2001 à l'usine AZF-La Grande Paroisse de Toulouse est la plus grande catastrophe de l'industrie chimique française depuis plusieurs décennies. Le bilan est très lourd : 30 morts, des dizaines de blessés graves, des centaines de blessés légers et de nombreux dégâts matériels dans un périmètre d'un kilomètre autour de ce site industriel.

Cette usine avait été construite en 1921 sous l'impulsion de Paul Sabatier, le père de la catalyse, au voisinage de la Poudrerie Nationale (devenue SNPE) sur un terrain isolé de la ville. Au fil des ans, l'urbanisation est venue buter aux portes de l'usine. Dans ce contexte, l'explosion d'un stock secondaire de nitrate d'ammonium a eu des conséquences désastreuses qui vont amener à revoir l'application des normes Seveso 2 sur les sites chimiques à risque. En attendant de tirer les enseignements de cette explosion, force est de constater que les unités de synthèse d'hydrogène, d'ammoniac et d'acide nitrique d'AZF et ainsi que celles de phosgène de la SNPE voisine ont résisté, démontrant que les normes de sécurité de ces unités n'avaient pas été sous-estimées.

Plus d'un mois après la catastrophe, de nombreuses questions se posent sur l'origine de l'explosion. De nombreux experts travaillent sur le site à la demande de la Justice, du Ministère de l'Environnement et de la Caisse Régionale d'Assurance Maladie et vont remettre leurs rapports complets dans les semaines à venir.

En attendant que ces rapports soient publiés, il nous a semblé important de revenir sur les risques liés au stockage et au transport du nitrate d'ammonium, un engrais utilisé depuis plus de 80 ans.

Ce produit chimique, très stable dans les conditions normales de fabrication, de stokage, de transport et d'utilisation, peut devenir explosif dans des conditions que Georges Guiochon à bien voulu rappeler dans le texte "Ce qui a pu et n'a pas pu se passer à Toulouse".

Notre collègue G. Guiochon, ancien élève de l'École Polytechnique, a préparé son doctorat sur la décomposition du nitrate d'ammonium et est, à ce titre, un des meilleurs spécialistes des questions posées par l'explosion de Toulouse (liste des publications de sa thèse). Il avait beaucoup travaillé à l'époque avec L. Médard (ingénieur général des poudres) et P. Chovin (directeur honoraire du Laboratoire Central de la Préfecture de Police, membre du conseil supérieur des risques professionnels).
Après avoir été professeur à l'École Polytechnique et à l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI), il a quitté la France en 1984 pour continuer ses recherches sur la chromatographie préparative aux Etats-Unis.
Il est à présent : " distinguish research professor " à l'université du Tennessee. Il est également " Senior Scientist "" au Laboratoire National d'Oak Ridge.
Il est l'auteur de plus de 800 publications et de 4 livres et il a reçu de très nombreux prix et distinctions.

Bernard Meunier
(Président de la Division de Chimie de Coordination
de la Société Française de Chimie).

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