L’Escrime

D’estoc et de taille, se défendre avec une arme blanche est devenu au fil des siècles l’escrime, art martial d’Occident, symbolisée par les « conversations » de fleurets, sabres et épées, popularisée par les films de cape et d’épée et présente comme discipline olympique dès les premiers Jeux d’Athènes en 1896.

Dès que l’homme a su travailler le bois et la pierre, puis le bronze (cf. Cuivre, Étain) et le fer (cf. Fer), il a fabriqué des armes pour se défendre et survivre. Il était dans l’obligation de compenser son infériorité physique avec des armes qui lui servirent à se défendre des animaux, puis, très vite, à régler des conflits particuliers et entre tribus. Le terme escrime est issu de l’ancien français escremie lui-même dérivé du francique skirmjan signifiant justement défendre, protéger.

L’art de se défendre avec une arme blanche a progressivement évolué, depuis le Moyen-Age où apparaissent les premiers traités d’enseignement, d’une pratique aristocratique et militaire à un sport olympique au XXIe siècle. Cette évolution graduelle d’une activité guerrière vers une forme d’art martial privilégiant le beau geste et l’élégance morale connut son heure de gloire en France aux XVII et XVIIIe siècles, avant que ne soit dissout à la Révolution ce « sport des aristocrates ».

L’escrime sportive contemporaine utilise trois armes différentes : le fleuret, l’épée et le sabre. Le fleuret et le sabre masculin sont armes olympiques dès les premiers Jeux en 1896. L’épée masculine le devient en 1900. La première arme féminine est le fleuret et intègre le programme olympique en 1924. Ce n’est qu’en 1996 que l’épée féminine devient arme olympique et en 2004 que l’on voit l’apparition du sabre féminin.

Le fleuret (en haut de l’image), d’une longueur totale de 110 cm et d’un poids de 500 g, comporte une lame de 90 cm, de section carrée. Créé au XVIIe siècle pour servir d’arme d’entraînement et d’étude, c’est la seule arme qui ne soit jamais sortie des salles d’escrime ; l’aire de touche est tout ce qui se trouve au-dessus de la taille. L’épée sportive (au milieu) fut inventée au milieu du XIXe siècle par un groupe d’étudiants français trouvant l’emploi du fleuret trop restrictive et l’arme trop légère. Arme d’estoc également, elle est plus lourde (770 g) pour la même longueur et comporte une lame triangulaire moins flexible que celle du le fleuret ; l’aire de touche comprend tout le corps du tireur. Le sabre (en bas) est une arme d’estoc, de taille et de contre-taille, légère (500 g) et d’une longueur totale de 105 cm, obéissant aux mêmes règles de touche que le fleuret.

L’enregistrement des touches au cours de l’assaut est effectué automatiquement : il a commencé avec l’épée en 1936 et repris pour le fleuret en 1956.
Dans les deux cas, un dispositif filaire est mis en œuvre, reliant l’arme du tireur à dispositif d’annonce et d’enregistrement en bordure de piste par l’intermédiaire d’un fil de corps qui passe sous la veste du tireur, contre son flanc et par la manche du bras armé, branché dans une prise située derrière la coquille de l’arme : le contact est établi par la tête de pointe, jouant le rôle d’interrupteur.
Pour le sabre, la rapidité des assauts nécessite un dispositif électronique sans fil utilisé depuis 1988.

La chimie, par l’entremise de la métallurgie, a eu son mot à dire dans le développement des armes blanches avec l’élaboration artisanale d’aciers (cf. Aciers) répondant au double impératif de souplesse et de dureté qui leur permettait de conserver leur tranchant. L’archéologie moderne a montré que les anciens Chinois (4 500 avant JC), les Égyptiens (4 000 avant JC), les Chaldéens(2 500 avant JC), les Grecs et les Romains de l’Antiquité forgeaient, fondaient et soudaient le fer. Au III-IVe siècle un type d’acier indien apparaît pour la fabrication de lames de sabre. Les centres de production étaient situés en Inde. Bien avant Arcelor-Mittal, ils produisaient et exportaient des lingots d’une teneur en carbone très hétérogène, appelés Wootz, qui étaient transformés en armes dans les centres iraniens… et transitaient ensuite par Damas qui était un centre commercial florissant, d’où le terme d’acier de Damas.

Le Wootz est un acier à haute teneur en carbone avec des concentrations qui varient entre 1,2 et 1,8 %. Sa particularité est de posséder une précipitation de cémentite sphéroïdale (carbure de formule Fe3C) qui est grossière dans les lingots de Wootz et fine quand le métal a été forgé dans les bonnes conditions pour fabriquer une lame. L’acier comporte également un certain nombre d’éléments d’addition (chrome, molybdène, niobium, manganèse, vanadium, (cf. Chrome, Molybdène, Manganèse, Vanadium) qui jouent un rôle dans la structure et les caractéristiques finales des lames de Damas. Une explication de la disparition des secrets de la fabrication du Wootz serait l’épuisement des filons de minerai de fer qui contenait ces éléments en Inde du Sud.

La fabrication comportait trois phases :

    • - réduction de l’oxyde de fer constituant le minerai par chauffage à 1 200 °C d’un mélange de minerai, charbon de bois, bois et feuilles,
    • - carburation du fer ainsi obtenu ayant subi des opérations de forgeage dans un petit creuset fermé contenant du charbon de bois, du verre et des feuilles vertes (dont le chauffage en vase clos produisait du dihydrogène, cf. Dihydrogène) : la diffusion du carbone (cf. Carbone) dans le fer conduisait à la formation d’austénite,
    • - refroidissement très lent permettant une répartition homogène du carbone dans la phase austénitique. À partir de 1 000 °C, la cémentite commence à précipiter sur les joints de grain de l’austénite. La précipitation des carbures dans le Wootz brut est grossière. La morphologie fine de ces précipités sera donnée par le forgeage de la lame. Il a été récemment démontré que ce matériau renfermait des nanotubes de carbone…

Ces techniques amenés par les Arabes à Tolède firent par la suite le renom des lames de Tolède. Les Européens avaient très vite compris que l’acier de Damas pouvait être obtenu par soudure à chaud et martelage de plusieurs bandes d’acier ou de fer à teneur en carbone différente, qui se substituaient à l’utilisation d’un lingot de teneur en carbone variable. C’est le damas soudé ou damas de corroyage. Il est seul utilisé de nos jours pour la production d’aciers damassés.

D’autres apports de la Chimie résident dans l’équipement personnel du tireur :

une veste de tissu dont la résistance doit dépasser 800 newtons/cm² et d’une sous-cuirasse, qui couvre le côté du buste mis en avant et le début du bras armé, afin de parer à un déchirement de la couture située sous l’aisselle de la veste. Sa résistance est également de 800 newtons/cm².

Les femmes portent un protège-poitrine, sorte de plastron en matière plastique rigide ABS (cf. Butadiène). Les fibres employées sont actuellement des composites contenant du coton (cf. Cellulose), du kevlar (cf. Kevlar) et des polyéthylènes de haute ténacité (cf. Polyéthylène), ces derniers étant préférés au Kevlar, trop sensible aux rayons UV et aux produits de lavage ;

  • d’un masque en grille métallique, doté d’une collerette qui recouvre largement le col de la veste et évite une frappe au cou (collerette en polyéthylènes de haute ténacité) ;
  • d’un gant muni de coussinets qui protège la main armée et recouvre partiellement la manche sur l’avant-bras, pour éviter que la lame rentre dans la veste et frappe au coude.

Pensée du jour
« Encore une exception française dans les tournois internationaux d’escrime, qui ne doit rien à Alexandre Dumas : En Garde ! Prêts ? Allez ! Halte ! »

Sources

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