Les délices de la Nature, venins et toxines

L’imagination de l’Homme est peu de choses face à celle des espèces animales et végétales quand il s’agit de se défendre, garantir son territoire, assurer sa survie, sans, au final, se préoccuper de biodiversité, sauf celle qui répond à des impératifs alimentaires. Les micro-organismes, bactéries, parasites divers ne sont pas en reste, avec leurs toxines souvent mortelles, comme la toxine botulique (cf. Botox, biotox), le charbon et autres E. coli mutée ou non.

Le magasin du Bon Dieu, les richesses thérapeutiques des plantes et des animaux, contait Pierre Potier ... Les végétaux, aquatiques ou terrestres, immobiles, sont particulièrement riches de procédés défensifs. Mais les animaux, quoique mobiles, et donc capables de fuir les prédateurs, préfèrent souvent les affronter quand ils sont pourvus des moyens qui le leur permettent. Les venins, ou plutôt leurs toxines, souvent foudroyants, sont les plus subtils et les plus efficaces. Ce sont généralement des enzymes, assemblages de peptides, qui perturbent le fonctionnement de l’organisme agressé. Un venin est le plus souvent constitué de mélanges complexes de toxines donc ses effets peuvent être multiples ; pour simplifier, on les classe par leur mode d’action principal, neurotoxique ou autre…

Il existe quelques rares mammifères dangereux : les solénodons, certaines musaraignes (dont Suncus etruscus), ou encore le mâle de l’ornithorynque qui est doté d’aiguillons venimeux. De très rares espèces d’oiseaux, comme le pitohui bicolore ou l’ifrita de Kowald, s’enduisent les plumes d’une substance toxique (batrachotoxine, cantharidine).

Quelques papillons, ayant conservé les toxines produites au cours de leur stade de chenille, sont également peu recommandables. Cependant, ces toxines semblent provenir de l’alimentation de ces mammifères ou de bactéries les infectant, plutôt que d’une production de l’animal… C’est le cas également du poisson fugu, bien connu des gourmets, qui peut provoquer de très graves intoxications. En effet, à l’état sauvage, il ingère des algues rouges Rhodophyta, elles-mêmes porteuses d’une bactérie produisant la tétrodotoxine. Seuls les cuisiniers agrées par l’État peuvent, au Japon, préparer le fugu et il est interdit à l’Empereur d’en goûter…

La liste des amphibiens est autrement plus riche, avec un nombre important de grenouilles et crapauds dont le contact doit impérativement être évité ! Pour certains, il semble bien que leur dangerosité vienne de leur nourriture. En effet, les toxines cutanées ne seraient trouvées que sur les grenouilles nées et vivant en liberté : les scarabées et autres coléoptères passent par de nombreux stades larvaires, dont certains produiraient des toxines, parasitant les hôtes qui leur servent de garde-manger. Qu’il s’agisse de toxines, naturellement produites ou non, par ces diverses espèces animales, ces dernières possèdent une caractéristique commune, leurs couleurs sont éclatantes ! On subodore qu’ils préviennent ainsi d’éventuels prédateurs qu’il y aurait danger à s’en nourrir …

Les espèces venimeuses, au contraire des espèces toxiques, produisent elles-mêmes leurs toxines. Elles s’en servent, en piquant ou en mordant, soit pour se défendre soit pour s’offrir leur repas. Outre de nombreux insectes, eux-mêmes proies d’autres espèces comme nous l’avons vu, deux grandes catégories ont nourri l’imaginaire des écrivains de romans policiers et aussi quelques politiques ou quelques chasseurs, notamment d’héritage. Ce sont les serpents et les araignées.

La riche famille des élapidés comporte des serpents de mer, mais surtout des serpents terrestres comme les cobras, les najas, les mambas et le taipan australien (Oxyuranus microlepidotus) considéré comme le plus venimeux au monde. Ces reptiles ont des crochets dans la gueule, ce qui les oblige à mordre.
Leurs venins sont essentiellement neurotoxiques, ils altèrent les terminaisons nerveuses entraînant la paralysie du diaphragme de leur proie jusqu’à l’arrêt de la respiration. Les venins de certains scorpions et araignées sont du même type.
D’autres reptiles, comme les vipéridés, poignardent grâce à leurs crochets saillants. Certains sont mortels, comme le sont généralement les crotalidés. Leur action toxique serait plutôt de type hémorragines, incluant un vaste éventail : hémorragies diverses, coagulations intravasculaires, hémolyse, nécroses, troubles rénaux ou neurologiques, etc.
Les hydrophidés, serpents de l’Océan Indien et un scorpion moyen-oriental (Hemiscorpius lepturus) inoculent une cytolysine, qui détruit les cellules, conduisant ainsi à la nécrose de la zone infectée, qui peut s’étendre jusqu’à l’os et même conduire à la mort.

Raies, vives, certains oursins, divers serpents et de nombreuses araignées sont davantage du type hémolysine, ainsi que guêpes et abeilles : cette enzyme entraîne la destruction des globules rouges du sang. Quant aux insectes de type frelon et fourmi, et autres hyménoptères, ils produisent plutôt des histaminiques responsables de chocs anaphylactiques : la réaction de défense de l’organisme agressé par le venin peut être disproportionnée jusqu’à entraîner la mort. Dans ce cas, la bonne action est l’injection immédiate d’adrénaline (cf. Adrénaline).

Mais il ne faudrait pas oublier les cnidaires, c’est-à-dire les méduses, espèces vieilles de quelques 600 millions d’années et donc antérieures aux dinosaures. Composées à 97% d’eau, elles produisent pourtant des histaminiques, et certaines espèces peuvent être mortelles pour l’Homme.

La mygale australienne (Atrax), une des plus dangereuses, reste un mystère : la composition chimique de son venin est particulièrement complexe. Il fait office de suc digestif : l’intérieur du corps de la proie se liquéfie progressivement, permettant à l’araignée de l’aspirer. Bizarrement, la plupart des « gros » animaux sont immunisés contre la morsure de la mygale à deux exceptions près : l’homme et le singe ! A l’inverse de celui de la veuve noire, il ne paralyse pas les influx nerveux, mais déclenche au contraire une surcharge d’impulsions électriques dans les muscles, les glandes et les organes vitaux. Ce n’est qu’en 1980 que l’atraxotoxine, composant actif principal du venin de l’atrax australien, fut isolée et permit la mise au point d’un sérum produit par des lapins en laboratoire.

Contrairement aux récits héroïques, il vaut mieux éviter d’ouvrir la plaie au couteau, aspirer puis recracher le venin et poser un garrot, et surtout pas d’amputation impromptue. Car sait-on jamais :

Pensée du jour :
« L’autre jour au fond d’un vallon, un serpent piqua Jean Fréron.
Que pensez-vous qu’il arriva ? Ce fut le serpent qui creva ». (Voltaire, Satires, 1762)

Sources :

Pour en savoir plus :

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