LSD & Cie

Acide, Ace, Buvard, Carton, Trip, Petri, autant de noms hippies pour évoquer l’un des principes actifs du « mal des ardents », le diéthylamide de l’acide lysergique, psychotrope hallucinogène puissant dont de très petites doses suffisent à entraîner des changements de la perception, de l’humeur et de la pensée.

Ce principe actif, abréviation de l’allemand Lysergsäurediethylamid, officiellement dénommé N,N-diéthyllysergamide, est un composé de la famille des lysergamides issus de l’ergot de seigle (Claviceps purpurea). Une mycotoxine peut-être produite par cet ascomycète pourrait avoir été responsable en 994 d’une épidémie provoquée par la consommation de pain ayant entraîné la mort d’environ 40 000 personnes. L’ergotisme est connu depuis le Haut Moyen-Âge sous le nom de « mal des ardents » ou « Feu de Saint Antoine ».

Pendant l’été 1951, l’intoxication alimentaire de Pont-Saint-Esprit fait sept morts, 50 internés dans des hôpitaux psychiatriques et 250 personnes affligées de symptômes plus ou moins graves ou durables. Le corps médical pense alors que le pain maudit consommé aurait pu contenir de l’ergot de seigle, mais sans en avoir la preuve.

Le LSD est un dérivé de l’ergoline, issu de travaux menés en 1938 aux Laboratoires Sandoz (Bâle) par Arthur Stoll et Albert Hofmann qui travaillent sur les applications thérapeutiques possibles de l’ergot de seigle. Dans leur plan d’étude, le LSD est le 25e dérivé de l’ergot de seigle qu’ils étudient (d’où le nom LSD-25) obtenu par amidation de l’acide lysergique produit par hydrolyse de l’ergotamine, un anti-migraineux obtenu naturellement à partir de l’ergot.

Ils espèrent obtenir un analeptique, mais lors des expérimentations, ils notent seulement une activité utéro-constrictive et une agitation des animaux lors d’un sommeil artificiel. C’est une molécule instable, légèrement basique. Il existe sous quatre stéréoisomères, dont trois ((-)-LSD, (+)-isoLSD, (-)-isoLSD) n’ont pas d’effets psychotropes.

Malgré le classement sans suite des études sur le LSD, Stoll et Hofmann reviennent sur leurs recherches en 1943. Ils expérimentent accidentellement les effets psychotropes de la molécule lors de la phase finale de la synthèse. Hofmann décide alors de s’auto-expérimenter la substance par une prise de 0,25 mg par voie orale et après être rentré chez lui à bicyclette, décrit des épisodes angoissants et des sensations de décorporation : « Rien que lors du trajet en vélo [...] mon état prit des proportions inquiétantes.
Tout ce qui entrait dans mon champ de vision oscillait et était déformé comme dans un miroir tordu ».
Une expérience qui ne l’empêchera pas d’être centenaire.

En 1947 sont publiés les premiers résultats d’une expérimentation systématique du LSD chez l’homme par le fils d’Arthur Stoll, Werner A. Stoll, qui publie un article sous le titre « Diéthylamide de l’acide lysergique, un phantasticum du groupe de l’ergot ». Il fut le premier psychiatre à tester le LSD sur des patients, bien que chercher à traiter des troubles mentaux avec des produits psychoactifs n’était pas nouveau. Le LSD apparaît comme une molécule prometteuse. Les laboratoires Sandoz mettent au point une préparation-test du nom de Delysid à la disposition des chercheurs. Le LSD est alors utilisé dans les milieux psychiatriques et en psychologie afin de faciliter l’approche psychothérapeutique : de nombreuses études sont alors menées à son sujet.

A partir du milieu des années 50, des publications relatives au LSD suscitent l’intérêt au-delà du milieu médical et sont largement médiatisées et présentées comme des « traitements miraculeux » ou des expériences positives. L’auto-expérimentation prend de l’ampleur et sort du cadre scientifique. La consommation de LSD augmente et, avec elle, les récits de bad trips commencent à se multiplier.
Le LSD est alors fortement lié à la contre-culture américaine, beat generation d’abord, puis hippie, des années 60 et 70. C’est à cette époque que commence à être signalé l’usage dans la rue de LSD sous forme de buvard à l’image des rêves de Dumbo imaginés par Salvador Dali.

La convention unique sur les stupéfiants de 1961 ne réglemente pas les nouvelles substances synthétiques psychédéliques. Mais, en 1969, la culture hippie et, avec elle, la consommation de substances psychédéliques, concernent l’ensemble du monde occidental. Une nouvelle convention est organisée en 1971, le LSD y est classé, dès sa mise en place, dans le tableau I qui recense « les substances ayant un potentiel d’abus présentant un risque grave pour la santé publique et une faible valeur thérapeutique ». La consommation privée de LSD ne baisse qu’au milieu des années 70, mais est toujours appréciée.

Le LSD agit sur les synapses entre les neurones (cf. Monoxyde de carbone), qui régulent l’information dans le système nerveux central. Il agit simultanément sur plusieurs neurotransmetteurs. Il se fixe sur les récepteurs 2A de la sérotonine (cf. Adrénaline), ce qui explique la sensibilité accrue aux couleurs, toucher et sons. Il perturbe le glutamate en l’activant, ce qui explique les troubles et la vitesse de la pensée. Enfin, il stimule le circuit de la dopamine (cf. Dopamine), ce qui explique la sensation d’euphorie. Absorbé par voie orale, il se résorbe complètement et rapidement dans le tube gastro-intestinal. Par voie intraveineuse, il disparaît du sang en quelques minutes et se fixe dans les tissus pour atteindre une concentration maximale en 10 à 15 minutes. Il est ensuite oxydé à 80 % par le foie (cf. Cytochrome P450) en 2-oxy-LSD inactif qui est éliminé par voie biliaire.

Il existe d’autres molécules proches du LSD autant par leurs effets psychiques que par leur structure chimique. Elles appartiennent souvent au groupe des indoles et sont dérivées de la tryptamine. Quelques molécules psychotropes comme la mescaline appartiennent à la classe des phényléthylamines. C’est le cas de la psilocybine et de la psilocine qui sont deux tryptamines toutes deux isolées par Hofmann du Psilocybe mexicana, le champignon considéré comme sacré par les Aztèques. Selon Hofmann, elles procurent des visions moins colorées que le LSD. Hofmann considère aussi que ces molécules procurent des hallucinations moins lumineuses que le LSD. Le LSD est souvent comparé au LSA (D-lysergamide) dont la structure et les effets sont proches. Après l’avoir synthétisé, Albert Hofmann le retrouve en analysant des graines de Rivea corymbosa : il est dix fois moins psychoactif que le LSD et l’effet hallucinogène comporte une composante narcotique.

Pensée du jour :
« LSD : produit psychélèsdélique et Lucy in the Sky with Diams... célèbre chanson des Beatles (interdite d’antenne sur la BBC) ! »

Sources :

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