Marcelin Berthelot

Marcelin Berthelot, 1827-1907, a marqué la chimie organique de synthèse dans la seconde moitié du XIXe siècle. Expérimentateur, inventeur de nouveaux outils d’étude, théoricien des équivalents, thermodynamicien, il fut aussi un homme politique et un militant du Positivisme.

Pierre Eugène Marcelin Berthelot est né en 1827 au cœur du vieux Paris révolutionnaire, place de Grève, rasée quelques 40 ans plus tard par le Baron Haussmann pour laisser place à l’Hôtel de Ville. Dès son plus jeune âge, le quartier est plongé dans les émeutes des années 1830-1840. Son père, J. Martin Berthelot, médecin de quartier et républicain, se dévoue sans compter lors de l’épidémie de choléra de 1832 et auprès des blessés lors des barricades. Bon élève, il est à 10 ans inscrit en 6e au collège Henri IV. Très jeune pensionnaire à la pension Crouzet, rue de l’Abbé de l’Épée, proche du Collège, il y fait connaissance d’un jeune répétiteur de quatre ans son aîné : Ernest Renan avec lequel il noue une amitié forgée autour de discussions philosophiques et de la lecture de Kant, amitié qui devait les unir toute la vie.

Elève brillant, il passe le baccalauréat en 1846 et reçoit la même année, des mains du chancelier des Universités, le Prix d’honneur en Philosophie et le 1er Prix d’histoire naturelle du Concours général. Hésitant entre les lettres et les sciences il passe le baccalauréat en sciences en 1848. Il prend plusieurs inscriptions à la Faculté de Médecine sans passer d’examen, mais prépare aussi la licence ès sciences qu’il obtient en 1850. Entre temps, le virus de la chimie l’a rattrapé, non sans accidents à la main et à l’œil, dans le laboratoire de Jules Pelouze. En janvier 1851, après sa première communication à l’Académie des sciences, il entre au Collège de France comme préparateur d’Antoine Joseph Balard. Il soutient sa thèse en 1854 sur les combinaisons de la glycérine et des corps gras. En 1859, l’École de Pharmacie demande la création d’une chaire de chimie organique et l’attribue en décembre à Berthelot, chaire qu’il occupera 17 ans. Il publie en 1860 deux volumes sur « La chimie organique fondée sur la synthèse » qui lui valent le prix Jecker de l’Académie des sciences. C’est la même année qu’il rencontre sa future femme, Sophie Niaudet, chez son ami le mathématicien Joseph Bertrand. Sophie, de religion protestante, les parents Berthelot, catholiques, mettront plus d’un an à donner leur consentement à la condition que les enfants du couple soient baptisés catholiques ; ils auront six enfants.

Les progrès en chimie organique aidant et la réputation montante de Berthelot engagent Balard à demander au ministre le dédoublement de sa chaire au profit de son collaborateur. Fort de nombreux appuis, Berthelot est nommé chargé d’un cours au Collège en 1863 et professeur en 1864. C’est dans cette période, et jusqu’en 1870, qu’il développe les principes de thermochimie et définit les concepts de réactions endothermiques et exothermiques.

La défaite de 1870, le siège de Paris et la capitulation, le voient présider le Comité scientifique de défense nationale de la jeune République proclamée par Léon Gambetta. Las, avec peu de moyens et de temps, le Comité ne pourra faire grand chose pour couler de nouveaux canons et produire de nouveaux explosifs ; il s’arrêtera en 1871, laissant Berthelot et ses collègues meurtris et amers. 1870 et 1871 seront les années noires, avec la Commune : le Collège est fermé, Berthelot éloigne sa famille à Honfleur et lui-même essaie vaille que vaille de continuer des travaux dans les locaux du lycée de Versailles.

C’est à cette époque troublée, qu’à l’invitation de collègues anglais, il pense sérieusement à s’expatrier. S’ouvre en 1872 une parenthèse anecdotique : nommé conseil auprès de la Banque de France, il pousse des recherches sur les encres et crée le premier billet de 20 francs bicolore. C’est en 1873 qu’il est élu à l’Académie des sciences. En 1878, Claude Bernard décède et son entourage transmet à Berthelot des résultats non publiés sur la fermentation alcoolique. Berthelot, avec ses collaborateurs, vérifie quelques points et décide de publier cette communication posthume. C’est le début d’une forte polémique avec Louis Pasteur sur les bactéries aérobies et anaérobies qui durera jusque fin 1879. Elle n’altère pas l’estime réciproque qu’ils se portent, Berthelot succédant à Pasteur comme secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences en 1889.

Entre temps il a été plongé dans la politique : élu au Sénat, sénateur inamovible en juillet 1881, il y restera pendant près de 25 ans, n’intervenant que discrètement sur les questions d’enseignement et de développement des sciences. Inspecteur général de l’Enseignement supérieur depuis 1876, il est appelé par René Coblet pour prendre le Ministère de l’Instruction Publique en 1886 : il le sera brièvement, puisqu’en mai 1887 le cabinet tombe. Dix ans plus tard, dans le cabinet Léon Bourgeois et à la surprise générale, il est nommé ministre des Affaires étrangères, ce qui fait écrire à Clémenceau que l’on passe « d’un savant professionnel à un ministre improvisé ». Il démissionnera quelques mois plus tard, en désaccord avec la politique vis-à-vis de l’Angleterre, notamment en Egypte. C’est en 1899, à la mort de son ami Joseph Bertrand, qu’il se présente à l’Académie Française, élu au fauteuil (numéro 40) de son ami, il y est reçu en 1900.

Honoré à la fin de sa vie par des cérémonies officielles à la Sorbonne ou lors de banquets républicains, grand Croix de la Légion d’Honneur, sa vie familiale est assombrie par la mort d’une de ses filles et de son premier petit-fils, tué dans l’un des premiers accidents de chemin de fer. En mars 1907, son épouse Sophie décède et il la suit dans la mort dans les heures qui suivent. Quelques jours après, le gouvernement décide des obsèques nationales : Marcelin Berthelot est inhumé au Panthéon avec son épouse qui sera la première femme à prendre place au Panthéon.

Libre penseur, républicain, il a aussi publié plusieurs ouvrages philosophiques sur la science et la morale, l’éducation et la libre pensée. Proche de son ami Ernest Renan, il militait pour la séparation de l’Église et de l’État. Son œuvre scientifique, considérable en chimie organique, ne doit pas faire oublier les synthèses symboliques
grâce au célèbre « œuf électrique » et toutes les avancées en thermochimie grâce aux mesures précises obtenues avec sa « bombe calorimétrique »
et les concepts de chimie végétale qu’il a énoncés.

Travailleur infatigable malgré une santé parfois chancelante, scientifique désintéressé (il ne prit aucun brevet), homme public, malgré une voix fine peu audible, il fut un homme de contrastes. Les polémiques les plus brûlantes à son sujet concernent son opposition à la théorie atomique et son conservatisme par rapport aux lois d’équivalence. Son credo était l’expérience et la preuve par l’expérience et il se méfiait de théories à l’époque encore difficilement vérifiables. On reprocha à Berthelot son influence dans ses plus hautes fonctions qui brida et mis en France à la fin du 19e siècle sous le boisseau tous les tenants et partisans des théories atomistiques.

Marcelin Berthelot fut à quatre reprises Président de la Société Chimique de France, en 1866, 1875, 1882 et 1889.

Citation du jour :

« La reconstitution de l’outillage scientifique de l’Allemagne sur une vaste échelle se poursuit chaque jour et les fruits palpables n’ont pas tardé à s’accentuer pour le profit de l’Allemagne. Ceux qui ont suivi les progrès de la chimie organique depuis quarante ans savent que la France a concouru au moins au même degré que ses voisins à l’accomplissement de brillantes découvertes. Mais la France n’en a pas tiré le même profit que ses voisins, parce que nos laboratoires, trop petits et trop mal outillés, n’ont pu fournir aux fabriques et aux ateliers ces nombreux ingénieurs et chimistes qui font la force des usines allemandes. »
M. Berthelot, mars 1883

Sources :

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