Nicotine

Quel est le point commun entre une cigarette, une pomme de terre, une aubergine, un chou-fleur et des tomates ? Tous contiennent de la nicotine, alcaloïde présent dans les plantes de la famille des solanacées et notamment dans les feuilles de tabac (jusqu’à 5 % du poids des feuilles). Sa fonction est de protéger la plante contre les insectes au point qu’elle fut longtemps employée comme insecticide.

La nicotine a été découverte en 1809 par Louis-Nicolas Vauquelin, professeur de chimie à l’École de médecine de Paris et isolée en 1828 par les chimistes allemands W. Posselt et L. Reimann. Sa structure est élucidée par A. Pinner et R. Wolffenstein en 1895 et la synthèse de la nicotine racémique est réalisée par A. Pictet et P. Crépieux en 1903.
Il faudra attendre 1951 pour la description de la synthèse de la (S)-nicotine, le produit naturel.

Un peu d’histoire

En 1492, lors de sa première expédition en Amérique, Christophe Colomb découvre le tabac et le rapporte en Europe, à la Cour espagnole et portugaise, où il est pendant longtemps utilisé comme simple plante d’ornement. Ce n’est qu’au milieu du XVIe siècle que le médecin personnel de Philippe II d’Espagne commence à le promouvoir comme « médicament universel ».

En 1559, Jean Nicot est nommé ambassadeur de France au Portugal et plante dans les jardins de son ambassade quelques graines de tabac qu’il a reçu du Brésil. En 1560, il fait parvenir à Catherine de Médicis de la poudre de tabac pour soigner les migraines de François II, son fils. Le tabac est alors surnommé l’herbe à Nicot ou « herbe à la Reine ».
L’engouement pour le tabac est total : on le prise et cela fait éternuer, ce qui est bien la preuve qu’il chassait les humeurs malsaines !

En 1753, le naturaliste Carl Linné choisit le nom de Jean Nicot pour désigner un genre de plantes (appelé Nicotiana) comprenant notamment Nicotiana tabacum.

Effets sur l’organisme

À faible dose, la nicotine a un effet stimulant. Elle provoque une augmentation de la pression artérielle et du rythme cardiaque, induit la libération d’adrénaline (cf. Adrénaline) et réduit l’appétit. À haute dose, elle provoque des nausées et vomissements puis la mort par paralysie respiratoire. La dose létale pour l’homme est de 50 mg en moyenne (0,5-1 mg/kg).

La nicotine est un agoniste des canaux ioniques récepteurs à l’acétylcholine, les récepteurs dits nicotiniques pour les différencier des récepteurs à l’acétylcholine muscariniques. La nicotine active ces canaux, entraînant une cascade d’activités sur les récepteurs cérébraux noradrénergiques et dopaminergiques, ainsi que sur les récepteurs répartis dans le corps (muscles en particulier). Quand la fumée est inhalée, une partie de la nicotine qu’elle contient est absorbée (« résorbée ») par les capillaires sanguins des poumons. Après un court passage dans le cœur gauche, la nicotine arrive (en 10-19 secondes) au cerveau, sans passage par le système portohépatique (elle n’est donc pas filtrée, ce qui explique un effet particulièrement marqué sur le système nerveux central).

Distinguer la nicotine inhalée et la nicotine ingérée

Lorsqu’il est question d’évaluer à quel point une personne est exposée involontairement à la fumée du tabac (tabagisme passif), il est courant de mesurer les concentrations sanguines de nicotine et de son métabolite (et anagramme), la cotinine.
De telles mesures ont conduit à la découverte d’un facteur confondant : la consommation alimentaire de nicotine. D’autres solanacées comme la pomme de terre, la tomate, l’aubergine, en contiennent, mais dans une bien moindre mesure.

Pour ingérer autant de nicotine qu’on en inhalerait par tabagisme passif en restant pendant trois heures dans une pièce légèrement enfumée, il faudrait consommer : 60-260 g de chou-fleur, 10 g d’aubergine, 140 g de pomme de terre, 240 g de tomate mûre !

Rôle dans la dépendance au tabagisme

La nicotine est impliquée dans la dépendance au tabagisme, responsable d’un problème de santé aigu, mais elle n’est pas la seule responsable, car entrant dans un cycle infernal qui le place au niveau de la cocaïne pour l’addiction, avec une dangerosité toutefois moindre.

En effet, le tabac contient aussi des substances inhibitrices des monoamines oxydases, notamment l’harmine et la norharmine. Les inhibiteurs des monoamine oxydases (IMAO) agissent en diminuant l’élimination de neuromédiateurs monoamines (noradrénaline, sérotonine et dopamine), ce qui augmente indirectement leurs concentrations.
Ces neurotransmetteurs, régulateurs de l’humeur, sont centraux dans le développement de la dépendance. Il a été montré que la prise répétée d’un antidépresseur de la classe des IMAO, la tranylcypromine, en concomitance avec de la nicotine provoquait une sensibilisation à cette dernière.
À la différence de la consommation de tabac, fumé ou non, il n’est pas établi que les timbres transdermiques de nicotine ou que la nicotine injectée aient un effet addictif.

Certains modes de tabagisme induisent rapidement une dépendance physique et son arrêt peut entraîner des symptômes tels que irritabilité, maux de tête et anxiété, pouvant conduire dans des cas extrêmes à une dépression. Bien que leur maximum se situe aux alentours de 3 à 4 jours, ces symptômes peuvent durer quelques semaines après la dernière mise en relation avec la nicotine.

Le tabac et son rôle social…

Comme le chocolat (cf. Chocolat) et le café (cf. Caféine), l’herbe à Nicot est un élément essentiel de la vie sociale, ce qui fit dire à Molière « qui vit sans tabac, n’est pas digne de vivre ». Du berceau à la tombe… tout de même pas, bien que l’expression « casser sa pipe » correspondait bien à l’approche de l’ultime départ.

Le calumet de la paix, le cigare (signé Davidoff bien entendu), signe de réussite sociale avant la Rolex, les fumoirs où ces messieurs se retrouvaient, la pipe symbole de réflexion, voire de sagesse… le tabac était hautement masculin.

Autrefois les femmes ne fumaient jamais dans la rue (le mauvais genre…), mais les fume-cigarettes très longs évitaient que la fumée ne stagne sous les chapeaux des belles… tout en permettant les jeux de séduction et un bonheur partagé (?),

d’où notre pensée du jour
« Je ne suis jamais aussi heureux que lorsque j’allume mes cigarettes américaines avec des allumettes soviétiques »
(Sardar Mohammed Daoud Khan, Président de l’Afghanistan (1973-78))

Sources

Pour en savoir plus

Déjà membre de la SCF ?

J'adhère