Parabènes

Qu’est-ce ? rien qu’un parahydroxybenzoate d’alkyle ou son sel de sodium. Depuis peu, ils sont largement médiatisés et on les trouve à l’affiche dans les vitrines

Les parabènes sont des composés simples, constitués d’un unique cycle aromatique, d’un groupement OH et d’un groupement ester en position para. Depuis peu, ils sont largement médiatisés et on les trouve à l’affiche dans les vitrines des vendeurs de cosmétique et de parapharmacie : achetez-moi, je suis sans parabène !

Or, les parabènes existent à l’état naturel dans nombre de nos aliments, comme les fruits rouges (mûre, fraise, cassis…), ou l’oignon, la carotte, et bien d’autres.

Les parabènes (ou parabens en anglais) sont des antibactériens et des antimycosiques avérés, quoique leur mode d’action soit encore discuté (intercalation dans les membranes cellulaires, dans les ADN ?). Ils sont couramment utilisés depuis 1920 environ, surtout dans les cosmétiques (3/4 des cosmétiques, soit environ 13 000 produits, en contiennent, shampoings, déodorants, savons, rouge à lèvre, lotions après rasage, teintures capillaires, etc.), mais également dans l’alimentation (œufs de poisson, jambon, crèmes et gelées, jus de fruits, etc. ; ce sont des additifs alimentaires de la série des 210), la pharmacie (gouttes nasales et ophtalmologiques, sirops, suppositoires, solutions injectables, etc.).

Leur vaste domaine d’application et leur présence ubiquiste dans notre vie quotidienne comme conservateurs a conduit les autorités sanitaires, comme l’AFSSAPS en France et l’EFSA au niveau européen, à s’intéresser à une éventuelle toxicité des parabènes et à légiférer en ce sens. Concrètement, seuls les dérivés méthyle, éthyle, propyle et butyle sont utilisés.
Les premiers membres de la série sont relativement solubles dans l’eau, alors que les plus longs sont plus solubles dans les graisses. Un mélange de 2 ou 3 parabènes permet de protéger les émulsions contre la contamination microbienne potentiellement dangereuse.

D’une manière générale, la présence de parabène(s) dans une préparation préserve sa qualité sanitaire, augmente sa capacité à être transportée, stockée, utilisée plus longtemps … offrant ainsi à l’utilisateur et au consommateur des produits longue conservation sans risque de prolifération de germes toxiques.

Que reproche-t-on aux parabènes ? Leur activité en tant que biocide avéré peut-elle constituer un danger pour l’homme ? Existe-t-il des produits alternatifs, d’origine naturelle ou synthétique, susceptibles de les remplacer ?

La biologiste moléculaire Philippa Darbre a lancé, en 2004, une alerte largement médiatisée, posant la question d’une relation entre l’utilisation quotidienne de déodorant et le cancer du sein, les parabènes, avec leur cycle aromatique, agissant comme des analogues d’estrogènes. Pour la même raison, ils pourraient avoir un effet sur la fertilité masculine. L’activité œstrogène, mesurée sur des modèles animaux, est, in vivo, 100 000 fois plus faible que celle de l’œstradiol, et ne commence à être observée qu’à des doses 25 000 fois plus fortes que celles apportées lors d’une utilisation des produits.

Le Bulletin du Cancer a publié, en 2008, l’analyse critique de 59 publications, concluant « Au final, il semble possible d’affirmer que cette question ne constitue pas un problème de santé publique et qu’il apparaît donc inutile de poursuivre des recherches sur ce sujet ». D’ailleurs, la réglementation européenne de 2005 (maximum autorisé dans les formulations cosmétiques : 0,4 % en masse d’ester pour un parabène, 0,8 % pour un mélange de parabènes) n’a pas été révisée lors de la récente relecture des normes concernant les additifs (février 2011).

Les parabènes ont également été suspectés de provoquer des allergies et un vieillissement cutané accéléré, sans que les résultats des études réalisées aient permis de démontrer un effet allergisant supérieur à ce qui est observé statistiquement sur la sensibilité individuelle à divers composés, naturels ou non, comme le gluten, les fraises, etc.

Les travaux en cours concernant des substituts aux parabènes n’ont pas encore apporté de solution vraiment satisfaisante et générale. Les extraits de graine de pamplemousse ont été prônés, mais ne semblent pas efficaces ; les huiles essentielles naturelles ont des propriétés allergisantes avérées. La stérilisation UHT développée par analogie avec le traitement du lait longue conservation et l’approche physico-chimique qui consiste à réduire fortement la taille des gouttes d’eau dispersées dans l’huile pour limiter la prolifération microbienne qui se fait dans l’eau ont été mis en œuvre par divers industriels de la cosmétique.

Ces procédés permettront-ils aux consommateurs une utilisation sans risque de nombreux produits après ouverture de leur conditionnement, et pendant combien de temps ? L’avenir nous le dira. Pour l’instant, et contrairement à ce nous connaissons pour les aliments, sauces, mayonnaise, etc., aucune date limite n’est généralement indiquée sur les emballages des cosmétiques.

Existe-t-il des risques de contamination de l’environnement par les parabènes ? Leur dosage qualitatif et quantitatif est facile, notamment par chromatographie HPLC, et montre que leur bioaccumulation est nulle ou négligeable chez l’homme, en conditions d’emploi réglementaires en cosmétique. Leur persistance dans la chaîne alimentaire (poisson, coquillages…) n’est pas observée, non plus que dans les eaux potables, les eaux de baignade ; les boues et les sols, non plus que les rejets industriels, ne montrent de présence de parabènes.

Le débat scientifique est légitime et nécessaire. Mais y a-t-il réellement « crime » à utiliser les parabènes ? Si oui, à qui profiterait-il ? Et s’il est dénoncé, à qui cela profiterait-il ? La meilleure défense étant l’attaque, une partie de l’industrie, au moins cosmétique, a su saisir l’opportunité d’une refonte du marché et faire du « sans parabène » un argument marketing.

L’analyse risque/bénéfice reste en faveur du maintien de l’utilisation raisonnée et contrôlée des parabènes, produits peu coûteux et efficaces. Quant à l’utilisation à tout propos et hors de propos du principe de précaution ne risque-t-elle pas d’en affaiblir la crédibilité ?

Pensée du jour
« Germes microbiens et mycoses, no ! Parabène, porque no ! »

Sources

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