Produit du jour

Acétone

Officiellement pro­pa­none, c’est la plus simple des céto­nes et un pro­duit indus­triel employé comme sol­vant et inter­mé­diaire de syn­thèse, dont la double liai­son car­bone-oxy­gène et la pré­sence d’atomes d’hydro­gène en posi­tion α lui confè­rent l’essen­tiel de sa réac­ti­vité.

De for­mule (CH3)2C=O, l’acé­tone est un liquide trans­pa­rent, très inflam­ma­ble, d’odeur carac­té­ris­ti­que. Sa tem­pé­ra­ture de fusion est de -95,4 °C, celle d’ébullition de 56,5 °C, mais son point éclair est de -9,4 °C. Du fait de sa pola­rité, c’est un com­posé très solu­ble dans l’eau, l’éthanol et l’éther : tout apprenti chi­miste a uti­lisé l’acé­tone (et la récu­pé­rait !) pour sécher rapi­de­ment la ver­re­rie de labo­ra­toire après lavage à l’eau.

L’atome de car­bone du grou­pe­ment car­bo­nyle est électrophile et est donc sus­cep­ti­ble à l’atta­que de réac­tifs nucléo­phi­les. L’acé­tone forme ainsi des imines avec les amines pri­mai­res et secondai­res, une hydra­zone avec la phé­nyl­hy­dra­zine et un oxime avec l’hydroxy­la­mine. L’appli­ca­tion la plus connue est la réac­tion avec l’acide cyan­hy­dri­que qui conduit à une cyan­hy­drine. Celle-ci, après réac­tion avec l’acide sul­fu­ri­que mène à un ester sul­faté du métha­cry­la­mide dont la métha­no­lyse conduit au métha­cry­late de méthyle, point de départ du poly­mé­tha­cry­late de méthyle, mieux connu sous le nom de plexi­glas.

L’acé­tone pos­sé­dant des atomes d’hydro­gène en α est le siège d’une tau­to­mé­rie cétone-énol qui est cata­ly­sée par des acides et des bases. La forme cétone est plus stable que la forme énol : cette dif­fé­rence reflète la sta­bi­li­sa­tion de réso­nance de l’ion d’énolate qui est formé par la dis­so­cia­tion du proton : elle peut être mise à profit pour effec­tuer des réac­tions avec des com­po­sés électrophiles. L’acé­tone est ainsi elle-même conver­tie en oxyde mési­tyle C6H10O, en pho­rone C9H14O, etc. par conden­sa­tion. Elle conduit auen mési­ty­lène C9H12 (tri­mé­thyl-1,3,5-ben­zène) par dis­til­la­tion en pré­sence d’acide sul­fu­ri­que.

L’acé­tone est aussi uti­li­sée comme milieu réfri­gé­rant en mélange la glace car­bo­ni­que (CO2 solide), ce qui permet de des­cen­dre à -78 °C.

L’acé­tone a d’abord été extraite du pyro­li­gneux résul­tant de la car­bo­ni­sa­tion du bois, puis pré­pa­rée à partir de l’acide acé­ti­que (conden­sa­tion de Piria). En 1915, le chi­miste Chaim Weizmann, futur pre­mier pré­si­dent de l’État d’Israël, décou­vrit un moyen peu coû­teux d’obte­nir l’acé­tone à partir de l’amidon, ce qui faci­lita la pro­duc­tion de cor­dite, l’explo­sif bap­tisé « poudre sans fumée ». Actuellement, la méthode uti­li­sée pour obte­nir l’acé­tone est le pro­cédé Hock (cf. Phénol), qui permet de la fabri­quer à partir de ben­zène et de pro­pène. La pro­duc­tion mon­diale d’acé­tone est de l’ordre de 5,5 Mt/an, employée comme sol­vant et inter­mé­diaire dans les syn­thè­ses du métha­cry­late de méthyle et du bis­phé­nol A (cf. Bisphénol A).

L’acé­tone est un sol­vant uti­lisé dans l’indus­trie, mais de plus en plus rem­pla­cée par son homo­lo­gue supé­rieur, la buta­none ou méthy­lé­thyl­cé­tone, MEK. Elle est employée à grande échelle pour le trans­port et le sto­ckage de l’acé­ty­lène : un litre d’acé­tone permet de dis­sou­dre envi­ron 250 L d’acé­ty­lène (cf. Acétylène). C’est un excel­lent sol­vant de la colle et des fibres cel­lu­lo­si­ques : il est ainsi recom­mandé de ne pas uti­li­ser d’acé­tone sur les fibres arti­fi­ciel­les (acé­tate, tria­cé­tate et acry­li­que).

L’acé­tone est natu­rel­le­ment pro­duite et excré­tée dans l’orga­nisme au cours des pro­ces­sus méta­bo­li­ques nor­maux. Les essais de toxi­cité prou­vent qu’elle ne pose pas de pro­blè­mes lors de l’ovu­la­tion. En fait, l’orga­nisme aug­mente natu­rel­le­ment le niveau d’acé­tone chez les femmes encein­tes, les mères nour­ri­ciè­res. Des régi­mes céto­gé­ni­ques qui aug­men­tent le taux d’acé­tone dans l’orga­nisme sont appli­qués pour réduire les atta­ques épileptiques chez les enfants en bas âge. La crise d’acé­tone est la pro­duc­tion en excès d’acé­tone et de com­po­sés céto­ni­ques par les cel­lu­les. Il sur­vient en par­ti­cu­lier chez l’enfant qui s’ali­mente insuf­fi­sam­ment. Ce genre de crise se mani­feste par une odeur acé­to­ni­que de l’haleine et par la pré­sence d’acé­tone dans les urines. Il est alors impor­tant de contrô­ler la gly­cé­mie de façon à véri­fier que cette crise n’est pas le pré­lude à un dia­bète insu­li­no­dé­pen­dant.

D’autres céto­nes trou­vent des appli­ca­tions indus­triel­les ou sont des fonc­tions dans des molé­cu­les acti­ves :

La cyclo­hexa­none est essen­tiel­le­ment consom­mée pour la pro­duc­tion des pré­cur­seurs des nylons 6 et 6,6 (cf. Nylon). Obtenue en mélange avec le cyclo­hexa­nol par oxy­da­tion du cyclo­hexane (cf. Benzène) à hau­teur de 1,5 Mt/an, elle est pour moitié conver­tie en acide adi­pi­que, un des deux pré­cur­seurs du nylon 6,6. L’autre moitié est trans­for­mée en oxime qui, en milieu acide sul­fu­ri­que, se réar­range en έ-capro­lac­tame, le pré­cur­seur du nylon 6.

La buta­none est un sol­vant effi­cace, rem­pla­çant de plus en plus l’acé­tone, parce que moins vola­til : de ce fait la pro­duc­tion mon­diale atteint le mil­lion de tonnes/an. Elle est obte­nue par oxy­da­tion ou déshy­dro­gé­na­tion du butan-2-ol ou par frac­tion­ne­ment à partir des coupes oxy­gé­nées de syn­thèse Fischer-Tropsch (cf. Monoxyde de car­bone). En plus de son uti­li­sa­tion dans les pro­cé­dés concer­nant les gommes, rési­nes, cel­lu­lose, enduits d’acé­tate et de nitro­cel­lu­lose et films de vinyle, la buta­none dis­sout le poly­sty­rène et est de ce fait employé comme agent de sou­dure par les fana­ti­ques du modé­lisme. Pour la petite his­toire, c’est le sol­vant enivrant des mar­queurs à effa­ce­ment sec…

Pensée du jour
« (CH3)2C=O : équation pour un mathé­ma­ti­cien, acé­tone pour un chi­miste »

Sources

Pour en savoir plus

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