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Henri Sainte-Claire Deville (1818-1881)

Né aux Antilles dans l’île de Saint-Thomas, alors pos­ses­sion danoise, Henri Sainte-Claire Deville a marqué la chimie miné­rale dans la seconde partie du XIXe siècle. Son père, arma­teur pros­père, revient avec toute sa famille en France en 1824 pour rai­sons pro­fes­sion­nel­les. C’est ainsi qu’il fait ses études à Paris, en partie au col­lège Sainte-Barbe en com­pa­gnie de son frère ainé Charles qui devien­dra géo­lo­gue.

Après son bac­ca­lau­réat ès-let­tres, obtenu en 1835, il entre­prend des études de méde­cine, mais pas­sionné par les cours de Louis-Joseph Thénard et de Jean-Baptiste Dumas (cf. Jean-Baptiste Dumas), il s’inté­resse à la chimie. Si bien qu’il monte son propre labo­ra­toire de chimie dans un gre­nier de la rue de la Harpe et effec­tue avec ses amis diver­ses expé­rien­ces à la grande crainte de son pro­prié­taire. En 1841, il obtient le grade de doc­teur ès-scien­ces phy­si­ques avec deux thèses sur l’essence de téré­ben­thine et la réfrac­tion opti­que. La même année, il sou­tient sa thèse de méde­cine et obtient la licence de mathé­ma­ti­ques.

Marié en 1842, il est remar­qué et envoyé par Louis-Joseph Thénard à Besançon pour orga­ni­ser la jeune Faculté des scien­ces. Il y est nommé pro­fes­seur de chimie et doyen en 1845. Il res­tera à Besançon six ans où il met au point une méthode d’ana­lyse des eaux pota­bles et entre de plain pied en chimie miné­rale en iso­lant l’acide nitri­que.

En 1851 il revient à Paris comme Maître de confé­ren­ces à l’École Normale Supérieure (ENS) sur l’emploi libéré par Antoine Balard. Il res­tera toute sa vie à l’ENS, bien que nommé aussi pro­fes­seur de chimie à La Sorbonne en 1852 et titu­la­risé sur la chaire en 1867.
Le labo­ra­toire de chimie à l’ENS, sous son impul­sion, devient le centre d’une chimie miné­rale expé­ri­men­tale. Le diman­che après-midi il y reçoit assez sou­vent ses amis comme Louis Pasteur, Friedrich Wöhler, et même Michael Faraday.

Avec ses élèves Henri Debray et Louis Joseph Troost, il tra­vaille sur les équilibres chi­mi­ques, mais ses tra­vaux les plus connus sont rela­tifs aux métaux et à la chimie métal­lur­gi­que. Friedrich Wöhler avait réussi à pro­duire quel­ques paillet­tes d’alu­mi­nium par réduc­tion du chlo­rure d’alu­mi­nium ; Henri Sainte-claire Deville rem­place le potas­sium par le sodium et emploie le chlo­rure d’alu­mi­nium en excès.

Il obtient alors des glo­bu­les d’alu­mi­nium qui ne s’oxyde plus et pro­duit les pre­miers lin­gots en 1854 (cf. Aluminium). Il en déter­mine les pro­prié­tés méca­ni­ques et la conduc­ti­vité électrique, celle-ci en col­la­bo­ra­tion avec Michael Faraday. La pro­duc­tion indus­trielle, avec l’aide de Henry Debray et Paul Morin démarre à Javel, finan­cée par l’empe­reur Napoléon III , puis à Glacière, tou­jours dans Paris puis à Nanterre où en 1859 plus de 500 kg d’alu­mi­nium sont pro­duits, des­ti­nés sur­tout à la bijou­te­rie.

L’alu­mine est extraite de la bauxite par le pro­cédé Deville et il pres­sent les pos­si­bi­li­tés de la cryo­li­the Na3AlF6 comme fon­dant et dis­sol­vant. L’usine est trans­fé­rée à Salindres en 1860 sous la direc­tion de Paul Morin et de son adjoint… Alfred (Rangod) Péchiney. La voie électrolytique avait été explo­rée par Deville, mais il ne dis­po­sait pas de puis­sance électrique suf­fi­sante. Ce n’est qu’en 1886, trente ans plus tard, que le pro­cédé d’électrolyse et de réduc­tion de l’alu­mine dans la cryo­li­the mis au point par Paul Héroult en France et Charles M. Hall aux États Unis devien­dra ren­ta­ble et sup­plan­tera le pro­cédé Deville.

D’autres tra­vaux impor­tants sont ceux sur les métaux de la mine de pla­tine qui occu­pe­ront Henri Sainte-Claire Deville jusqu’à sa mort. Dès 1854, avec des pépi­tes de l’Oural et du pla­tine démo­né­tisé et l’aide de Henri Debray il sépare et iden­ti­fie, outre le pla­tine, le rho­dium, le pal­la­dium, l’iri­dium, l’osmium et le ruthé­nium. En 1860, Henri Sainte-Claire Deville pré­sente à l’Académie des scien­ces des lin­gots de pla­tine et de pla­tine iridié fondus dans un four de son labo­ra­toire et coulés dans une lin­go­tière d’acier. À l’expo­si­tion uni­ver­selle de 1867 à Paris, un comité des poids et mesu­res et des mon­naies se cons­ti­tue et demande l’adop­tion inter­na­tio­nale du sys­tème métri­que. En 1869, l’Empereur pro­pose la for­ma­tion d’une com­mis­sion inter­na­tio­nale du sys­tème métri­que, suivi par 31 nations.

De comité de recher­che pré­pa­ra­toire en com­mis­sion inter­na­tio­nale, puis bureau inter­na­tio­nal des poids et mesu­res, 250 kg d’un alliage de pla­tine à 10 % d’iri­dium sont coulés au Conservatoire des Arts et Métiers en 1874. Ils contri­bue­ront à la fabri­ca­tion du pro­to­type du mètre étalon et du kilo­gramme de réfé­rence, conser­vés au Pavillon de Breteuil à Sèvres. Il faut voir qu’après 1870, les pro­grès en hautes tem­pé­ra­tu­res furent accom­plis grâce aux cha­lu­meaux ali­men­tés au gaz d’éclairage ou hydro­gène et en oxy­gène pur au sein de fours à réver­bère en chaux.

Avec l’essor indus­triel après 1850, le char­bon et le pétrole pre­naient une impor­tance crois­sante. A la demande des auto­ri­tés impé­ria­les, Deville se replonge en chimie orga­ni­que ana­ly­ti­que et étudie la com­po­si­tion de plus d’une tren­taine échantillons d’ori­gi­nes très dif­fé­ren­tes et en déter­mine par calo­ri­mé­trie le pou­voir calo­ri­fi­que. Il donne quel­ques règles pour l’emploi indus­triel des huiles miné­ra­les pour le chauf­fage : en 1871, lors du siège de Paris, 6 000 t d’huiles de gou­dron pro­ve­nant de l’usine à gaz de La Villette seront très utiles aux indus­triels pari­siens. De nou­vel­les chau­diè­res de loco­mo­ti­ves sont mises à l’essai par la com­pa­gnie des che­mins de fer de l’Est dès 1867. Louis J. Troost publiera les résul­tats de Sainte Claire Deville dans le dic­tion­naire de chimie pure et appli­quée publié par Wurtz en 1873 (cf. Charles-Adolphe Wurtz).

Henri Sainte-Claire Deville a appar­tenu à la Société Chimique de Paris. Vice-pré­si­dent en 1861 et pré­si­dent en 1863, il fut aussi élu membre de l’Académie des scien­ces en 1861.

Dans l’uti­li­sa­tion indus­trielle de l’alu­mi­nium, il devina les extra­or­di­nai­res déve­lop­pe­ments et appli­ca­tions futu­res d’un métal léger et résis­tant qui, en 1860 n’était consi­déré que comme un métal pré­cieux.
Ses tra­vaux don­nè­rent l’idée au roman­cier Jules Verne d’en faire la matière de l’obus qui devait être tiré « De la Terre à la Lune ».

Expérimentateur ima­gi­na­tif et de grand talent il reje­tait toute hypo­thèse théo­ri­que et se fiait essen­tiel­le­ment à l’expé­ri­men­ta­tion et à l’affi­nité et il consi­dé­rait que la loi d’Avogadro, les atomes et les molé­cu­les comme de pures inven­tions de l’esprit. Il adop­tait les mêmes posi­tions que Dumas et Berthelot et s’oppo­sait donc aux ato­mis­tes de l’école de Wurtz.

Avec ses tra­vaux sur les métaux de la mine du pla­tine, Sainte Claire Deville subit des expo­si­tions répé­tées aux vapeurs de tétroxyde d’osmium, très toxi­ques pour les pou­mons et la vue. A partir de 1875, son état de santé se dégrade et il s’éteint en juillet 1881 à Boulogne sur Seine.

Pensée du jour
« Le nom de Deville n’a dans l’avenir rien à crain­dre de l’oubli (Henri Debray 1882). »

Sources

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