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La Piste d’athlétisme

Arènes moder­nes, les stades de com­pé­ti­tions d’ath­lé­tisme com­por­tent un anneau coloré (la Chimie !) encer­clant une pelouse verte (encore de la Chimie !) où se dis­pu­tent les concours de plu­sieurs dis­ci­pli­nes : jave­lot, disque, poids et autres mar­teaux…

Cet anneau de forme ovale, ou plus sou­vent bi-panier, com­porte deux cour­bes et deux lignes droi­tes, la lon­gueur totale fai­sant régle­men­tai­re­ment 400 mètres. Cette piste est divi­sée en 6 ou 8 cou­loirs de 1,22 m lar­geur pour les cour­ses de sprint ou de demi-fond. Pour les départs des cour­ses de 200 ou 400 m, les déca­la­ges entre chaque cou­loir sont de 7,04 m.
La course du 100 m uti­lise l’une des deux gran­des lignes droi­tes avec, pour le départ, un pro­lon­ge­ment annexe.

À la fin du XIXe siècle, et dans la pre­mière moitié du XXe, les pistes étaient en sable ou en cen­drée, soit rouge en brique pilée, soit grise avec un mélange de terre et de cen­dres broyées, plus rare­ment verte, en gazon comme elles le res­tent encore en Australie et pour quel­ques sites anglo-saxons. Les pre­miè­res pistes syn­thé­ti­ques firent leur appa­ri­tion un peu par hasard au début des années 60. En effet, à la fin des années 50, la société 3M du Minnesota, spé­cia­li­sée dans les rubans plas­ti­ques, les colles et revê­te­ments poly­mè­res était diri­gée par William Mc Knight, un pas­sionné de cour­ses de che­vaux qui sou­hai­tait pour les pur-sang un revê­te­ment lisse et régu­lier évitant les bles­su­res.

La société 3M se lance alors dans un revê­te­ment plas­ti­que à base d’uré­thane, pro­duit qu’elle connais­sait bien pour en faire des éponges abra­si­ves. L’uré­thane est le pro­duit issu de la réac­tion d’un iso­cya­nate et d’un alcool, réac­tion décou­verte par le fran­çais Charles Adolphe Wurtz (cf. Charles Adolphe Wurtz) en 1849 :

R1–N=C=O + R2–OH ------ R1–NH–CO–O–R2

Toutefois, ce n’est qu’en 1937 qu’Otto Bayer réus­sira à obte­nir un maté­riau plas­ti­que stable dont la tex­ture et la dureté peut varier en fonc­tion des deux types de mono­mè­res. On connait mieux la mousse de poly­uré­thane qui pro­vient de la réac­tion d’un dii­so­cya­nate avec l’eau qui conduit à un poly­uré­thane et au déga­ge­ment de dioxyde de car­bone qui forme la mousse expan­sée uti­li­sée dans l’ameu­ble­ment, l’iso­la­tion, etc… (cf. Polyuréthane).

Le pre­mier pro­to­type de revê­te­ment sur envi­ron 100 m fut essayé en 1959 par les che­vaux de W. Mc Knight dont l’élevage s’appe­lait Tartan. Le marché était lancé, mais l’objec­tif ne fut pas atteint, car les quan­ti­tés phé­no­mé­na­les d’uré­thane néces­sai­res pour cou­vrir les kilo­mè­tres de piste d’un hip­po­drome s’avé­raient trop coû­teu­ses. C’est pour­quoi 3M se tourna plutôt vers les stades des uni­ver­si­tés en leur pro­po­sant ce revê­te­ment « tartan » à dis­po­ser autour de la pelouse. Curieusement, avec ces pistes en Tartan, les cou­reurs de l’Université du Minnesota bat­ti­rent plu­sieurs records : cela suffit pour asseoir la répu­ta­tion du revê­te­ment.

Le pre­mier cham­pion­nat des Éats Unis sur Tartan eut lieu à Saint Louis en 1963 où Bob Hayes battit le record du monde du 100 yards. Dans la foulée (c’est le cas de le dire), 3M décro­che la com­mande des pistes des Jeux olym­pi­ques de 1968 et de nom­breu­ses nations deman­dent alors à ins­tal­ler les pistes en Tartan pour leurs stades.
En France, la pre­mière fut ins­tal­lée à Font-Romeu (1 800 m) pour l’entrai­ne­ment des cou­reurs fran­çais en 1967 en vue des Jeux de Mexico (2 250 m).

A partir du moment où la piste est en matière syn­thé­ti­que, les psy­cho­lo­gues se mêlè­rent de savoir quelle cou­leur est sus­cep­ti­ble d’appor­ter moins de stress et plus de décontrac­tion aux concur­rents. C’est le bleu qui l’emporta, mais aussi le vert. En fait, ce qui reste le plus popu­laire aux yeux du public c’est le rouge brique.

Devant le succès com­mer­cial, 3M eut rapi­de­ment des concur­rents, le plus impor­tant est sans doute une société ita­lienne du Piémont : Mondo, spé­cia­li­sée à l’ori­gine dans les revê­te­ments de sols en caou­tchouc. La société d’Edmondo Stroppiano pro­pose en 1969 la pre­mière piste d’ath­lé­tisme pré­fa­bri­quée « sport­flex » et décro­che l’attri­bu­tion de sa piste pour les JO de Montréal (1976). Ces pistes sont à base de rési­nes poly­uré­tha­nes qui lient ensem­ble des gra­nu­lés de caou­tchouc sur une sous-couche de rou­leaux en caou­tchouc recy­clé posée sur un enrobé.

Le caou­tchouc est un pro­duit qui au départ est un pro­duit natu­rel issu de l’hévéa (cf. Caoutchouc). Il pro­vient du latex qui est une émulsion conte­nant de l’ordre de 70 % d’eau et 20 à 30 % de matière sèche qui s’écoule par inci­sion de cer­tains végé­taux. C’est l’hévéa (hevea bra­si­lien­sis) ori­gi­naire de la forêt ama­zo­nienne et accli­maté en Extrême-Orient qui four­nit 95 % du latex uti­lisé. Après séchage et pres­sage en balles, le crêpe ainsi obtenu subit dif­fé­ren­tes opé­ra­tions pour deve­nir le « caou­tchouc ».
Il est mélangé à divers ingré­dients (car­bone, silice, oxyde de zinc, soufre…), mais aussi asso­cié à des poly­mè­res de syn­thèse : poly­sty­rène (cf. Polystyrène), poly­bu­ta­diène (cf. Butadiène) pour lui confé­rer des pro­prié­tés d’usage.

Actuellement, la pro­duc­tion et la consom­ma­tion mon­diale repré­sen­tent plus de 22 MT dont 9 MT de caou­tchouc natu­rel. Pour lui donner ses pro­prié­tés de résis­tance aux varia­tions de tem­pé­ra­ture, à la résis­tance aux huiles et aux sol­vants, pour le pro­té­ger des rayon­ne­ments UV et de la lumière, diver­ses char­ges lui sont adjoin­tes. Par exem­ple, le noir de car­bone pour la résis­tance méca­ni­que, la silice ultra-fine pour la résis­tance à l’abra­sion ou du car­bo­nate de cal­cium. Mais la plus impor­tante opé­ra­tion est celle de la vul­ca­ni­sa­tion.

C’est une réac­tion chi­mi­que qui, en créant entre les chaî­nes de poly­mè­res des ponts sul­fure, va donner au caou­tchouc sa struc­ture tri­di­men­sion­nelle indé­for­ma­ble et lui confé­rer ses pro­prié­tés de solide élastique. C’est en mélan­geant du soufre au crêpe et en chauf­fant celui-ci que Charles Goodyear cons­tata de nou­vel­les pro­prié­tés et inventa ainsi la vul­ca­ni­sa­tion. Pour accé­lé­rer la réac­tion, on emploie des cata­ly­seurs comme l’oxyde de zinc (cf. Zinc), l’acide stéa­ri­que ou le mer­cap­to­ben­zo­thia­zole.

La société Mondo pos­sède une équipe de cher­cheurs et de tech­ni­ciens qui tra­vaillent à l’amé­lio­ra­tion des pistes avec l’uni­ver­sité de Pavie et plu­sieurs labo­ra­toi­res situés à Gallod’Alba, Saragosse, Luxembourg et Montréal. Cela lui permit de four­nir les JO d’Athènes en 2004 avec le Sportflex superX. C’est une piste avec un revê­te­ment de 13 mm dont la sur­face est com­po­sée de gra­nu­lés de 3 à 4mm d’EPDM, copo­ly­mère (Éthylène, Propylène, Diène) élastomère qui for­ment une couche anti­dé­ra­pante et poreuse liées par la résine. Ces pistes à la fois sou­ples et anti­dé­ra­pan­tes ont fait mer­veille puis­que depuis leur appa­ri­tion plus de 230 records y ont été battus.

Différentes cou­leurs sont dis­po­ni­bles : bleu pour les cham­pion­nats du monde de Berlin en 2006 et la fameuse piste de Daegu pour les cham­pion­nats du monde 2011, etc. Les tech­ni­ciens expli­quent que ces sur­fa­ces absor­bent moins de forces de l’ath­lète et en ren­voient plus, ce qui amé­liore les per­for­man­ces au sprint mais peu­vent aug­men­ter les trau­ma­tis­mes pour le demi-fond et le triple saut !

Des normes sont main­te­nant appli­quées : l’épaisseur moyenne doit être proche de 12 mm, la réduc­tion des forces com­prise entre 35 et 50 % avec une défor­ma­tion ver­ti­cale com­prise entre 0,6 et 2,5 mm. Par exem­ple, la Sportflex Mondotrack de Pékin avait 36 % de réduc­tion de forces et 2 mm de défor­ma­tion ver­ti­cale.
|Le Regupol Compact de Berlin, ins­tallé par la société alle­mande BSW, mon­trait des chif­fres de 36 % et de 1,4 mm : c’est là qu’Usain Bolt établît ses records des 100 et 200 m.

D’après les experts, les per­for­man­ces en demi-teinte de Pékin s’expli­quent, entre autres, par une sou­plesse trop impor­tante (2mm) du revê­te­ment qui pour­rait coûter 1/1 000 de seconde par appui, soit 5/100 de seconde pour le 100 m et 2/10 de seconde sur le 400 m.

Pensée du jour
On a beau admi­rer les cou­reurs de demi-fond, il faut se rap­pe­ler qu’ils revien­nent tou­jours à leur point de départ : n’est-ce pas un peu vain ?

Sources

Pour en savoir plus

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