Produit du jour

La Voile

Du jour où l’homme du Néolithique planta un mât équipé d’une pièce d’étoffe sur sa piro­gue, de nou­vel­les acti­vi­tés se déve­lop­pè­rent grâce à cet emploi de la force du vent en lieu et place de l’huile de coude. Coque et voile for­ment un tout indis­so­cia­ble exploité pour la pêche, le trans­port, le com­merce, l’explo­ra­tion et qui donna entre autres nais­sance à la voile, pra­ti­que spor­tive de la navi­ga­tion à voile.

La voile est au pro­gramme des Jeux olym­pi­ques d’Athènes en 1896. Mais le très mau­vais temps qui sévit le 1er avril (sic) pro­vo­que l’annu­la­tion des réga­tes. En 1900 les réga­tes dis­pu­tées dans le cadre des Concours d’exer­ci­ces phy­si­ques et de sports, et orga­ni­sées par le Comité de l’Exposition Universelle de 1900 à Paris ont été récu­pé­rées par le CIO vers 1920 pour cons­ti­tuer un pal­ma­rès des Jeux de Paris. Les pre­miè­res véri­ta­bles com­pé­ti­tions olym­pi­ques à voile ont eu lieu en 1908 à Londres (déjà !).

Au fil des années, la for­mule de la com­pé­ti­tion et les clas­ses de bateaux ont sou­vent changé selon la popu­la­rité des dif­fé­rents bateaux. Les embar­ca­tions sont aujourd’hui des mono­ty­pes répar­tis selon des clas­ses de poids et de jauges iden­ti­ques, au nombre de huit, allant de la plan­che à voile (R:SX) au bateau à quille (Elliot 6m et Star), en pas­sant par les Laser, le Finn, le 470 et le 49er.

La coque et le mât de ces embar­ca­tions sont actuel­le­ment cons­truits en maté­riaux com­po­si­tes avec les mêmes ingré­dients que ceux employés pour le canoë-kayak et l’aviron (cf. Les Embarcations)

Une voile est fabri­quée à partir de fibres. Les maté­riaux tra­di­tion­nels sont des fibres natu­rel­les comme le lin, le chan­vre ou le coton qui une fois tis­sées for­ment un tissu. La laine, le chan­vre et le lin sont lar­ge­ment employés avant l’arri­vée du coton. Les fibres natu­rel­les pré­sen­tent peu de résis­tance aux rayons UV, au pour­ris­se­ment et ils on une forte ten­dance à absor­ber l’eau. Le lin est solide, mais le coton léger. Fibre tra­di­tion­nelle pour les voiles il n’a tou­te­fois pas été sup­planté par le coton.

Les voiles à l’ancienne sont for­mées de plu­sieurs lar­geurs ou laizes cou­sues côte à côte. Pour la conso­li­der elle est muni d’un ourlet ren­forcé par un cor­dage, la ralin­gue. Les cosses aux points hauts, bas, inté­rieurs et exté­rieurs, ser­vent à rece­voir les cor­da­ges ou manœu­vres des­ti­nées à établir la voile elle-même. La toile royale était une toile très forte, ser­vant à fabri­quer les gran­des voiles de navi­res. Pour les rendre résis­tan­tes aux moi­sis­su­res, intem­pé­ries et rayon­ne­ment UV, elles étaient régu­liè­re­ment pas­sées dans un bain chaud, la tannée ou cachou­tage, décoc­tion de pou­dres riches en tanins, le meilleur pro­duit étant le cachou, extrait de la noix d’arec. Elles sont ensuite trem­pées dans l’eau de mer, le sel agis­sant comme fixa­teur, puis gréées sur le navire où elles sèchent au vent.

Au XXe siècle, l’arri­vée des fibres syn­thé­ti­ques rem­plaça pro­gres­si­ve­ment les fibres natu­rel­les. Depuis, de nou­veaux maté­riaux ont encore permis une amé­lio­ra­tion des per­for­man­ces et de la durée de vie des voiles. Les pre­miè­res fibres syn­thé­ti­que dans le monde de la voile sont appa­rues dans les année 1950 avec la famille des nylons. Elles furent sui­vies dans les années 1980 par une nou­velle famille de fibres, les ara­mi­des. Cette famille s’est vue rapi­de­ment concur­ren­cée par de nou­veaux venus dans le monde de la voi­le­rie, les poly­éthy­lè­nes à haute téna­cité, les poly­es­ters, poly­azo­les et les fibres de car­bone.

Les per­for­man­ces d’une voile sont dues à la concep­tion, à sa fabri­ca­tion mais aussi aux carac­té­ris­ti­ques des fibres employées, évaluées sui­vant six para­mè­tres : élasticité, limite à la rup­ture, fluage, sen­si­bi­lité au rayon­ne­ment UV, perte de flexi­bi­lité (ou téna­cité) et coût de la fibre. Les voiles grand public sont en majo­rité fabri­quées en poly­es­ter. Les voiles cons­ti­tuées de car­bone, de kevlar (cf.Kevlar) et/ou de Mylar sont uti­li­sées pour les com­pé­ti­tions. Elles sont plus légè­res tout en étant plus rigi­des, mais elles sont peu résis­tan­tes au rayon­ne­ment UV qui affai­blit leur sou­plesse et leur soli­dité.

Le nylon 6,6 de la société DuPont de Nemours (cf. Nylon), poly­amide résul­tant de la conden­sa­tion de l’acide adi­pi­que et de l’héxa­mé­thy­lène dia­mine fut la pre­mière fibre employée pour ses qua­li­tés de légè­reté, de grande résis­tance à la rup­ture et à l’abra­sion et de flexi­bi­lité. Le nylon est moins résis­tant au rayon­ne­ment UV et agents chi­mi­ques que les fibres poly­es­ters et les moi­sis­su­res chan­gent ses carac­té­ris­ti­ques tech­ni­ques. Sa grande élasticité est appro­priée pour les voiles hautes et il est tou­jours employé pour la fabri­ca­tion des spin­na­kers.

Une famille appa­ren­tée, les poly­ami­des aro­ma­ti­ques ou ara­mi­des où la chaîne car­bo­née ali­pha­ti­que est rem­pla­cée par des noyaux ben­zé­ni­ques a été déve­lop­pée dans les années 60, tou­jours par la société DuPont de Nemours, Le Kevlar (cf. Kevlar) est la fibre la plus répan­due pour les voiles de com­pé­ti­tion depuis son intro­duc­tion en 1971. Cette fibre est plus résis­tante que l’acier à poids égal, a une rigi­dité cinq fois supé­rieure au PET.

Les deux Kevlar cou­rants sont : Type 29 et Type 49, le 49 est 50 % plus rigide que le Type 29 mais moins flexi­ble. DuPont de Nemours a récem­ment conçu le Kevlar Edge, spé­ci­fi­que­ment pour la voile : elle est 25 % plus flexi­ble et aussi solide que le Kevlar 49. Le Kevlar, comme les autres fibres ara­mi­des, a une faible résis­tance au rayon­ne­ment UV et est très sen­si­ble au pliage et au fluage.

Le zylon est le nom com­mer­cial du PBO, autre­ment dit poly(p-phe­ny­lene-2,6-ben­zo­bi­soxa­zole). Il se pré­sente sous forme de poly­mère à cris­taux liqui­des. Développé dans les années 1980 par la firme japo­naise Toyobo, c’est la fibre la plus résis­tante à la rup­ture sur le marché, sur­pas­sant les ara­mi­des. Le zylon est très stable, sup­porte bien à l’abra­sion, glisse peu et résiste très bien aux plia­ges. C’est pra­ti­que­ment la fibre idéale, mais comme toutes les fibres basées sur des com­po­sés poly­aro­ma­ti­ques, elle est très sen­si­ble au rayon­ne­ment UV et à la lumière visi­ble.

Le poly­éthy­lène téréph­ta­late (PET : cf.Acides phta­li­ques), est le poly­es­ter le plus cou­rant. Il est aussi la fibre la plus employée pour les tissus de voile. Le PET est un poly­mè­res dont le motif de répé­ti­tion est com­posé d’ester et d’éthylène.

Le PET a une excel­lente résis­tance aux chocs, à l’abra­sion, au rayon­ne­ment UV, au test de flexi­bi­lité et n’est pas cher (rap­pe­lons que c’est le maté­riau de choix pour les bou­teilles de bois­sons gazeu­ses). Le PET est rem­placé par des fibres plus résis­tan­tes pour les voiles de com­pé­ti­tion, mais reste la fibre la plus popu­laire en raison de son faible coût et sa très grande dura­bi­lité. Dans sa forme laminé, c’est le Mylar.

En rem­pla­çant le noyau ben­zé­ni­que par un noyau naphta­lé­ni­que, la société Honeywell pro­duit le poly­éthy­lène naph­ta­late, PEN, fibre qui se déforme peu, avec une bonne élasticité ; elle n’est pas affec­tée par la flexion et résiste assez bien aux rayon­ne­ment UV. La fibre de PEN est sou­vent asso­cié à un film de Mylar, soit comme fibre de struc­ture trans­met­tant les efforts et/ou soit comme taf­fe­tas de pro­tec­tion du film.

Il existe aussi des fibres syn­thé­ti­ques en poly­éthy­lène (cf.Polyéthylène) à très haut poids molé­cu­laire pro­dui­tes par dif­fé­ren­tes socié­tés (Honeywell pour le Spectra, DSM pour le Dyneema). Elles offrent une résis­tance au rayon­ne­ment UV supé­rieure au PET avec une rai­deur bien plus élevée, en seconde place der­rière la fibre de car­bone. Elles offrent aussi une grande résis­tance à la rup­ture et une haute flexi­bi­lité.

Enfin, la fibre de car­bone déjà évoquée, est un maté­riau se com­po­sant de fibres extrê­me­ment fines, de 5 à 15 micro­mè­tres de dia­mè­tre, et com­posé prin­ci­pa­le­ment d’atomes de car­bone. Ceux-ci sont agglo­mé­rés dans des cris­taux micro­sco­pi­ques qui sont ali­gnés plus ou moins paral­lè­le­ment à l’axe long de la fibre. L’ali­gne­ment des cris­taux rend la fibre extrê­me­ment résis­tante pour sa taille. Plusieurs mil­liers de fibres de car­bone sont enrou­lées ensem­ble pour former un fil, qui peut être employé tel quel ou tissé. Il n’est pas sen­si­ble au rayon­ne­ment UV et offre une faible élasticité.

Il reste à tisser fils et fibres pour obte­nir les meilleu­res per­for­man­ces des pan­neaux cons­ti­tu­tifs d’une voile, ren­for­çant une direc­tion du tissu en jouant sur la nature des fils de trame et de chaîne. Le type d’orien­ta­tion du tissu déter­mine les coupes pos­si­bles du tissu. En effet les efforts d’une voile sont prin­ci­pa­le­ment orien­tées ver­ti­ca­le­ment. Au point de fixa­tion, la concen­tra­tion des efforts est maxi­male. La coupe des voiles peut se faire de trois façons : coupe hori­zon­tale, coupe ver­ti­cale et coupe radiale, toutes coupes à deux dimen­sions.

Selon une tech­ni­que récente (3DL), les voiles haut de gamme ne sont plus cons­ti­tuées de pan­neaux de tissus assem­blés par cou­ture, mais d’un seul pan­neau d’un sand­wich film-fibres-film, où les fibres sont posi­tion­nées sur un moule en forme, en pri­vi­lé­giant le sens des efforts, ce qui abou­tit à une voile plus légère et un meilleur contrôle des défor­ma­tions indui­tes par le vieillis­se­ment.

La dépose des fibres struc­tu­rel­les sur le pre­mier film s’effec­tue auto­ma­ti­que­ment à l’aide d’une machine qui se "pro­mène" au-dessus du moule. Le par­cours du fil est inin­ter­rompu et il suit un tracé défini selon les pres­sions que va subir la voile. La ten­sion des fils est uni­forme. Une fois les fils cons­ti­tuant l’arma­ture de la voile dis­po­sés, on "referme" la voile en posant le second film. La voile est ensuite main­te­nue sous vide puis lami­née au moyen d’un cous­sin d’air chaud qui va assu­rer la réti­cu­la­tion de la résine adhé­sive : acro­ba­ti­que !

D’où la...

Pensée du jour
« Pour que la voile vole au vent : que de cui­sine ! »

Sources

Pour en savoir plus

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