Produit du jour

Le Football

Discipline olym­pi­que depuis les JO de 1900 à Paris, le foot­ball trouve ses raci­nes réel­les dans la soule médié­vale, jeu spor­tif pra­ti­qué dans les Ecoles et Universités mais aussi par le peuple des deux côtés de la Manche. La pre­mière men­tion écrite de la soule en France remonte à 1 147 et son équivalent anglais date de 1 174. Dès le XVIe siècle, le ballon de cuir gonflé est cou­rant en France, mais quelle rela­tion avec la Chimie ?

Le ballon de foot­ball, nor­ma­lisé par la Fédération inter­na­tio­nale de foot­ball asso­cia­tion (FIFA, fondée à Paris en 1904 malgré le refus bri­tan­ni­que de par­ti­ci­per à une entre­prise ini­tiée par les diri­geants fran­çais de l’USFSA, l’Union des socié­tés fran­çai­ses de sports ath­lé­ti­ques …), a la forme d’un ico­sa­èdre tron­qué : si Platon l’avait su, aurait-il bre­veté cet élément ?

Vers 1860, l’entre­prise Charles MacIntosh and Company (vous savez, les man­teaux imper­méa­bi­li­sés Mackintosh, un des pre­miers com­po­si­tes "man made"…), met au point un ballon fait d’une vessie de caou­tchouc que recou­vrent dix-huit pan­neaux de cuir étanches aux intem­pé­ries. Cette enve­loppe est fermée par un lacet. Une fois serré, le bout de celui-ci est rentré à l’inté­rieur pour éviter les bles­su­res lors d’un coup de tête.

Le lacet dis­pa­raît au milieu du siècle au profit de la cou­ture. En dépit du soin apporté à la balle, cirée et grais­sée, afin qu’elle reste souple, les pré­ci­pi­ta­tions la ren­dent tou­jours aussi lourde et les foot­bal­leurs rechi­gnent à la frap­per de la tête. C’est un ancien gar­dien de but de l’équipe du Danemark, Eigil Nielsen, fon­da­teur de la marque danoise Select Sport qui a le pre­mier intro­duit le prin­cipe d’une valve dans les bal­lons, en 1947 : il vou­lait rem­pla­cer le lacet qui refer­mait le ballon. Pour fermer et coudre les der­niers pan­neaux, il a donc décidé d’uti­li­ser une longue aiguille incur­vée, pour ter­mi­ner la cou­ture à l’inté­rieur de la balle. Ce prin­cipe nou­veau fit dis­pa­rai­tre pro­gres­si­ve­ment les bal­lons à lacets.

Avec l’aban­don du cuir natu­rel, c’est aussi la cou­leur du ballon de foot­ball qui change, pas­sant du marron au blanc, la plu­part du temps. Toutefois, un pre­mier ballon blanc est apparu bien avant. Selon la FIFA, il est né en 1923 à Sao Paulo, au Brésil. Ne pou­vant pas jouer au foot­ball la jour­née, les sala­riés de l’entre­prise Light & Power s’affron­taient en soirée sous l’éclairage arti­fi­cielle de leur usine. Comme le ballon, de cou­leur marron, étaient dif­fi­cile à voir, l’un d’eux eut l’idée de le pein­dre en blanc.

C’est encore Nielsen qui invente le premier un ballon à 32 panneaux de coton pour rendre le ballon plus circulaire. Géométriquement, le ballon à 32 panneaux peut être décrit comme un icosaèdre tronqué, soit un polyèdre semi-régulier possédant 60 sommets et 32 faces, 20 hexagonales et 12 pentagonales, dont les arêtes ont toutes la même longueur. L’enveloppe extérieure est alors constituée de 32 pièces de cuir (naturel ou synthétique), cousues entre elles, contenant une vessie en caoutchouc (cf. Caoutchouc) gonflable.

L’intro­duc­tion du cuir syn­thé­ti­que dans les bal­lons date de 1965, quand la marque Select a lancé son pre­mier ballon étanche, dont le cuir était recou­vert de poly­uré­thane (cf. Polyuréthane). En 1974, Select invente le pre­mier ballon tota­le­ment syn­thé­ti­que, fabri­qué en poly­uré­thane. Depuis, le cuir a tota­le­ment dis­paru des bal­lons de foot­ball et a été rem­placé par de la mousse, du PVC (cf. PVC), et du poly­uré­thane, dont la qua­lité et l’épaisseur garan­tis­sent la soli­dité, le rebond et la sou­plesse de la balle. La forme de ballon à 32 pan­neaux, non tota­le­ment ronde peut avoir un effet lors des tirs : effet bien connu lors de la frappe d’une balle, mais par­fois spec­ta­cu­laire (et cons­ter­nant pour l’équipe adverse !) dans le cas de tirs foot­bal­lis­ti­ques.

L’ico­sa­èdre tron­qué est dérivé de l’ico­sa­èdre, l’un des cinq poly­èdres régu­liers convexes dits soli­des de Platon. Les quatre autres sont le tétra­èdre, le cube, l’octa­èdre et le dodé­ca­èdre, soli­des que les chi­mis­tes connais­sent bien. La chimie orga­ni­que, ayant comme élément cen­tral le car­bone, met en jeu le tétra­èdre (cf. J.-A. Le Bel) ; le chi­miste a ensuite cons­truit des molé­cu­les comme le cubane, basée sur le cube, et que l’on ren­contre également dans cer­tains sys­tè­mes enzy­ma­ti­ques (les pro­téi­nes fer-soufre, cf. Nitrogénase 1 ). Mais les termes supé­rieurs posent de réels défis et la séren­di­pité aida à les sur­mon­ter…

Dans les années 1980, le bri­tan­ni­que Harold Kroto et ses col­lè­gues vou­laient mieux com­pren­dre les méca­nis­mes de for­ma­tion des lon­gues chaî­nes de car­bone dans l’espace inters­tel­laire, iden­ti­fiées par spec­tro­so­co­pie. En vapo­ri­sant un disque de gra­phite par abla­tion laser ils mirent en évidence l’exis­tence d’agré­gats par­ti­cu­liè­re­ment sta­bles avec la masse exacte de 60, de 70 ou plus d’atomes de car­bone.

La structure du C60 déterminée par cristallographie montre qu’il s’agit d’une molécule composée de 12 pentagones et de 20 hexagones, chaque sommet correspondant à un atome de carbone et chaque côté à une liaison covalente. Il a une structure identique au dôme géodésique ou à un ballon de football. Pour cette raison, il est appelé « buckminsterfullerène » (en hommage à l’architecte Buckminster Fuller qui a conçu le dôme géodésique) ou « footballène ». Harold Kroto, Robert Curl et Richard Smalley reçurent le prix Nobel de chimie en 1996 pour leurs rôles dans la découverte de cette nouvelle forme allotropique du carbone

Les ful­le­rè­nes sont obte­nus à partir du gra­phite vapo­risé sous une atmo­sphère de gaz neutre, hélium ou argon. C60 et d’autres ful­le­rè­nes furent plus tard obser­vés en dehors des labo­ra­toi­res : d’infi­mes quan­ti­tés de ful­le­rè­nes, sous la forme de molé­cu­les C60, C70, C76 et C84, sont pro­dui­tes dans la nature, dans la suie lors des com­bus­tions et dans les éclairs à tra­vers l’atmo­sphère. La pré­sence des ful­le­rè­nes C60 et C70 dans l’espace inters­tel­laire fut mise en évidence en 2010 par spec­tro­sco­pie infra­rouge.

Les ful­le­rè­nes com­pren­nent également les nano­tu­bes de car­bone déjà employés à l’échelle indus­trielle et le tout nou­veau gra­phène, iden­ti­fié pour la pre­mière fois en 2004 par l’équipe d’Andrei Geim. Cette décou­verte lui a valu, lui et son col­la­bo­ra­teur Konstantin Novoselov, le prix Nobel de phy­si­que en 2010. Constitué d’une mono­cou­che de car­bone, il fait actuel­le­ment l’objet de recher­ches inten­si­ves du fait de ses pro­prié­tés uni­ques.
À suivre !

Pensée du jour :
« Pour cer­tains, le foot­ball c’est du nanan, pour d’autres c’est du nano ! »

Sources  :

Pour en savoir plus :

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