Produit du jour

Les Médailles olympiques

Londres fait fort, en frap­pant les plus belles, les plus gran­des, les plus riches médailles… qui cou­ron­ne­ront les trois meilleurs dans cha­cune des quel­ques 400 com­pé­ti­tions, réu­nis­sant envi­ron 13 000 ath­lè­tes, issus de 205 nations dif­fé­ren­tes et s’affron­tant dans 33 sports dis­tincts

Londres, qui accueille pour la troi­sième fois les Jeux olym­pi­ques d’été (1908, 1948, 2012), soigne en effet son image inter­na­tio­nale, en trans­for­mant (un peu !) la devise « plus vite, plus haut, plus fort », en ajou­tant « plus gran­diose », dépas­sant ainsi Pékin et Vancouver, pré­cé­dents grands shows en 2008 et 2010 (jeux d’hiver).

C’est lors de la 7e olym­piade, en 752 av J.-C., que furent récom­pen­sés les cham­pions : une cou­ronne d’oli­vier sau­vage, un ruban de laine rouge (la taenia) et une bran­che de pal­mier. Seuls les citoyens grecs, c’est-à-dire, mâles et riches, pou­vaient par­ti­ci­per aux jeux ; ils deve­naient de véri­ta­bles héros popu­lai­res, cou­verts d’hon­neurs et de cadeaux, et, nous n’avons rien inventé, a-natio­naux comme Astylos de Crotone titu­laire de 6 titres olym­pi­ques, qui, en 484 av J.-C., tra­hira Crotone pour Syracuse dont il por­tera les cou­leurs…

La cor­rup­tion d’arbi­tres ou d’adver­sai­res était, selon le point X du ser­ment olym­pi­que, puni de fouet, et, point V, les femmes mariées n’avaient pas le droit d’assis­ter aux jeux, sous peine d’être pré­ci­pi­tées du rocher du Typaion. La volonté d’exclu­sion des femmes aurait entraîné l’ins­tau­ra­tion d’une nou­velle règle : la nudité des ath­lè­tes ! Cependant des femmes, conduc­tri­ces de char, pou­vaient concou­rir et gagner, mais au seul béné­fice du pro­prié­taire, comme pour les che­vaux !

La France, dès 1892, sera le fer de lance de l’appel à la réno­va­tion des Jeux, et c’est aux Jeux de Paris 1900 que des femmes y furent admi­ses, pour la pre­mière fois (pre­mière cham­pionne olym­pi­que, la ten­nis­wo­man bri­tan­ni­que Charlotte Cooper). C’est la raison pour laquelle, le fran­çais est encore la pre­mière langue offi­cielle, len­te­ment sup­plan­tée par l’anglais.

C’est le Comité inter­na­tio­nal olym­pi­que (CIO) qui a, actuel­le­ment, la haute main sur les Jeux qu’il s’agisse des choix orga­ni­sa­tion­nels, des dis­ci­pli­nes rete­nues (en évolution cons­tante), et aussi des déci­sions concer­nant les médailles qui ont rem­placé, avan­ta­geu­se­ment pour de nom­breux acteurs, y com­pris les mem­bres du CIO, l’oli­vier sau­vage et la laine rouge… Si le phi­lo­so­phe Platon a pu être sacré deux fois lors des joutes cultu­rel­les qui accom­pa­gnaient les Jeux, les mani­fes­ta­tions qui les entou­rent sont déci­dé­ment tour­nées vers le retour sur inves­tis­se­ment (envi­ron 9 mil­liards de livres pour ceux de Londres ?). On va donc vers le gran­diose, qui doit séduire les spon­sors… Ouverture et clô­ture des Jeux devien­nent alors des vitri­nes essen­tiel­les, comme les mas­cot­tes, gad­gets divers, et même copies de médailles… enjeux poli­ti­ques et finan­ciers obli­gent !

Lors des JO de 1896, le cham­pion olym­pi­que rece­vait une médaille d’argent, et ce n’est qu’à partir de 1904 que sont appa­rues les médailles dans la hié­rar­chie actuelle : or (cf. Or), argent (cf. Argent), bronze (cf. Cuivre). Depuis 1912 et jusqu’aux Jeux de Barcelone en 1992, la médaille d’or était cons­ti­tuée de ver­meil, c’est-à-dire de l’argent recou­vert par gal­va­no­plas­tie d’or (de 18 ou 22 carats).
La couche super­fi­cielle des médailles décer­nées à Londres en 1948, juste après la Deuxième Guerre Mondiale -pénu­rie oblige- n’a pas tenu la durée, alors que la sta­bi­lité des médailles actuel­les est testée dans diver­ses condi­tions extrê­mes, et même à -20 °C.

La médaille d’or olym­pi­que 2012 pèse envi­ron 410 g et ne contient que 6 g du métal jaune soit moins de 2 % de son poids. Le reste étant com­posé en majo­rité d’argent à hau­teur de plus de 90 % (avec un peu de cuivre). La com­po­si­tion de l’alliage peut varier d’une olym­piade à l’autre, selon les pres­crip­tions du CIO. Leur design fait l’objet d’un concours et le Royal Mint in London, l’équivalent de notre Monnaie, a l’exclu­si­vité de leur fabri­ca­tion. Chaque médaille, créée par l’artiste bri­tan­ni­que Davis Watkins, pos­sède côté face la déesse grec­que de la Victoire, Nikê, et sur le revers le logo des Jeux de Londres, une étoile repré­sen­tant « l’énergie rayon­nante des ath­lè­tes » et un ruban incar­nant la Tamise.

Outre leur poids, deux fois plus que celles de Pékin, mais un peu moins que celles de Vancouver (576 g), leur dimen­sion en font les plus chères de l’his­toire olym­pi­que (85 mm de dia­mè­tre, 7mm d’épaisseur). Le Royal Mint en a assuré dans ses ate­liers du Pays de Galles la frappe et la gra­vure : chaque disque est passé une quin­zaine de fois sous des pres­ses spé­ci­fi­ques de 900 tonnes, une tâche d’orfè­vre qui a mobi­lisé 50 arti­sans pen­dant près de dix mois. Les médailles pré­sen­tant le moin­dre petit défaut ont été écartées.

Les 4 700 médailles les plus lour­des de l’his­toire du tour­noi olym­pi­que des Jeux d’été sont gar­dées sous haute sécu­rité à la Tour de Londres aux côtés des joyaux de la Couronne jusqu’au moment où elles seront remi­ses aux ath­lè­tes. Elles ont des titres dif­fé­rents de ceux des mon­naies et médailles « offi­ciel­les », titres qui peu­vent être dif­fé­rents d’une olym­piade à l’autre : l’alliage d’or, titre de la mon­naie fran­çaise contient par 1 000 g, 900 g d’or et 100 de cuivre, alors que celui des États-Unis est de 899,22 g d’or et l’anglais de 916,7, avec le com­plé­ment en argent et cuivre. La médaille d’or fran­çaise contient, elle, 916 g d’or et 84 g de cuivre. Les médailles de bronze contien­nent des quan­ti­tés varia­bles de cuivre (920 à 970 g) et sur­tout d’étain (4 à 20 g) et de zinc (0 à 10 g).

La quan­tité de métaux pré­cieux néces­saire (envi­ron 9 kg d’or, 9 tonnes d’argent et 4 tonnes de cuivre, soit de l’ordre de 7,3 mil­liards de dol­lars au cours actuel) rend la com­pé­ti­tion entre indus­tries miniè­res par­ti­cu­liè­re­ment rude, voire féroce !
Pour les Jeux de Londres, c’est le géant anglo-aus­tra­lien Rio Tinto qui a décro­ché la « tim­bale » : ils ont été extraits dans ses car­riè­res d’Oyu Tolgoi en Mongolie et majo­ri­tai­re­ment de Kennecott dans l’Utah, la plus vaste mine à ciel ouvert du monde.

Le groupe minier Rio Tinto a été notam­ment mis en cause dans l’Utah pour ses tech­ni­ques d’extrac­tion jugées pol­luan­tes et un « green washing » effi­cace dénoncé par divers syn­di­cats, dont l’Alliance for Responsible Mining (AMR), ce que conteste le groupe… dont la marge béné­fi­ciaire en Utah serait de 60% (avec 2 % de royal­ties pour l’État).

L’extrac­tion et la puri­fi­ca­tion de l’or sont en effet des pro­ces­sus aussi dan­ge­reux pour la santé des ouvriers que pour l’envi­ron­ne­ment : uti­li­sa­tion de mer­cure, de cya­nu­res, etc. (cf. Or).
Le recy­clage des appa­reils électroniques et infor­ma­ti­ques, en cons­ti­tue une source inté­res­sante, exploi­tée par le groupe minier retenu par le CIO en 2010, Teck, la Monnaie royale cana­dienne ayant ainsi moulé des médailles « écolo » (une tonne de vieux télé­pho­nes mobi­les don­ne­rait envi­ron 230 g d’or). À Pékin, en 2008, c’est le prin­ci­pal concur­rent de Rio Tinto, BHT Billiton, qui avait été choisi par le CIO. La « touche » natio­nale a consisté en l’incrus­ta­tion d’un disque de jade au revers de chaque médaille.

Cette année, le Japon a octroyé à chacun des ath­lè­tes retenu pour par­ti­ci­per aux JO de Londres, une médaille en bois fabri­quée par des enfants à partir des débris lais­sés par le tsu­nami de mars 2011, sym­bole de souf­france et d’espoir.

La pro­mo­tion numis­ma­ti­que ne se limite pas aux sym­bo­les, aussi émouvants soient-ils : le com­merce des mon­naies et médailles, avant, pen­dant et après les Jeux, est flo­ris­sant. Le pro­gramme moné­taire olym­pi­que offre une grande variété de des­sins, de modè­les, de métaux, de valeurs facia­les qui en font également un événement numis­ma­ti­que majeur… et des res­sour­ces pour l’État.
Tous les publics doi­vent être inté­res­sés, c’est pour­quoi, dès aujourd’hui, les col­lec­tion­neurs peu­vent se pro­cu­rer des pièces olym­pi­ques de 50 pence à leur cour légal comme, à partir d’octo­bre, les pre­miè­res pièces de 1 kg d’or ou d’argent. Sans comp­ter les tra­di­tion­nel­les émissions de pièces d’or et d’argent en qua­lité Épreuve que les ama­teurs connais­sent bien, et depuis long­temps.

Pensée du jour
« Jeux d’hiver verts à Vancouver, Jeux d’été fri­qués à Pékin et à Londres… hasard ou néces­sité ?  »

Sources
http://fr.wiki­pe­dia.org/wiki/jeux_olym­pi­ques
www.tre­sor­du­pa­tri­moine.fr/content/89-inter­view-jo-2012
www.paris­match.com/Actu-Match/Sport/Actu/JO-Londres-enquete-sur-la-fabri­ca­tion-des-medailles-d-or-d-argent-et-de-bronze-409117/
http://fr.wiki­pe­dia.org/wiki/Vermeil
http://lebuzz.info/2010/01/44718/van­cou­ver-2010-les-medailles-olym­pi­ques-expo­sees/
www.chine-nou­velle.com/pekin2008/medailles.html
www.utah.com/attrac­tions/ken­ne­cott.htm
http://usa.indet­ta­glio.it/eng/49/035/1425581.html
www.dai­ly­mo­tion.com/video/xsc44p_du-metal-de-mon­go­lie-pour-forger-les-medailles-olym­pi­ques_news

Pour en savoir plus
Or
Argent
Cuivre

© Société Chimique de France

Mentions légales | Crédits