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Robert Wilhelm Bunsen (1811-1899)

Né voici 200 ans à Göttingen, Robert Wilhelm Bunsen est un phy­sico-chi­miste alle­mand, dont le nom reste lié au « bec Bunsen », moyen de chauf­fage en chimie mis au point par un de ses tech­ni­ciens dont on a para­doxa­le­ment perdu le nom… Spécialiste de l’arse­nic et de ses déri­vés, électrochimiste, co-inven­teur du spec­tro­scope, son nom est aussi asso­cié à la Société alle­mande de phy­sico-chimie (Deutsche Bunsen-Gesellschaft für Physikalische Chemie, DBG).

Robert Bunsen fit l’essen­tiel de ses études dans sa ville natale. Inscrit en Physique à l’uni­ver­sité en 1828, il passe un doc­to­rat en 1830 sur des métho­des et ins­tru­ments de mesu­res phy­sico-chi­mi­ques, en par­ti­cu­lier l’hygro­mè­tre (Enumeratio ac des­crip­tio hygro­me­tro­rum quae inde a Saussurii tem­po­ri­bus pro­po­sita sunt : on ne plai­san­tait pas avec le latin à Göttingen !). En 1832-1833, grâce à une bourse d’études, il voyage beau­coup entre Paris (il est dans le labo­ra­toire de Louis Joseph Gay-Lussac) et Vienne et prend contact avec de grands chi­mis­tes d’outre-Rhin : Friedlieb Runge (cf. Caféine), Julius von Liebig, Alexander Matscherlich. Dès 1833, il est nommé à Göttingen Privat Dozent en chimie et tra­vaille notam­ment sur les sels arsé­nieux : c’est à ce moment-là qu’il décou­vre les pro­prié­tés de l’oxyde de fer hydraté comme anti­dote aux empoi­son­ne­ments à l’arse­nic (cf. Arsenic).

En 1836, il suc­cède à Friedrich Wöhler à l’Ecole Polytechnique de Kassel et en 1838, il est nommé pro­fes­seur à l’Université de Marburg. C’est durant cette période qu’il étudie les déri­vés du caco­dyle (CH3)2As–As(CH3)2, com­po­sant du « liquide fumant de Cadet », dont l’acide caco­dy­li­que (CH3)2As(=O)OH. Ces déri­vés ont des odeurs épouvantables : Bunsen écrivait « l’odeur de ce corps pro­vo­que des pico­te­ments ins­tan­ta­nés dans les mains et les pieds, et même des ver­ti­ges et une insen­si­bi­lité et quand une per­sonne est expo­sée à l’odeur de ces com­po­sés la langue se couvre d’une sub­stance noire ». Lors d’une dis­til­la­tion du cya­nure de caco­dyle, une explo­sion se pro­duit : il y perd un œil et il est vic­time d’un début d’empoi­son­ne­ment. Notons que les déri­vés arsé­niés comme les caco­dy­la­tes ont laissé de mau­vais sou­ve­nirs lors de la (deuxième) guerre du Viêt Nam où ils furent uti­li­sés comme « agent bleu » défo­liant trop effi­cace.

Il se tourne alors vers des recher­ches moins dan­ge­reu­ses et notam­ment vers l’électrochimie. Il per­fec­tionne la pile de Grove en rem­pla­çant l’électrode de pla­tine par le car­bone, popu­la­ri­sant l’emploi de cette pile moins oné­reuse, qui porta son nom et fut per­fec­tion­née par Georges Leclanché. Il s’inté­resse aussi au recy­clage des gaz dans les hauts four­neaux et il est sol­li­cité par les danois pour faire partie d’une expé­di­tion devant étudier l’éruption du mont Hekla. Il en pro­fite pour étudier le fonc­tion­ne­ment des gey­sers dont il fabri­que un modèle dans son labo­ra­toire afin de convain­cre ses contem­po­rains, per­sua­dés pour beau­coup que leur eau venait du centre de la Terre…

En 1850 il est en poste à l’Université de Breslau (l’actuelle Wrocław) où il créé un labo­ra­toire de chimie et ren­contre le phy­si­cien Gustav Robert Kirchhoff. Il ne reste que trois semes­tres à Breslau et retourne en son Alma Mater où il suc­cède en 1852 à Léopold Gmelin dans la chaire de chimie. Il per­fec­tionne les tech­ni­ques d’électrolyse et réus­sit à pré­pa­rer par électrochimie divers métaux : l’alu­mi­nium, le baryum, le cal­cium, le chrome, le magné­sium, le man­ga­nèse, le sodium. Il invente un nou­veau calo­ri­mè­tre à glace qui lui permet de déter­mi­ner les cha­leurs spé­ci­fi­ques de plu­sieurs métaux ainsi que leur masse ato­mi­que.

C’est cependant à partir de 1860 qu’avec Gustav Kirchhoff (à gauche) il lance de très belles recherches spectroscopiques par décomposition des spectres au moyen d’un prisme et surtout grâce à une source de flamme très chaude produite par un nouveau brûleur mis au point dans son laboratoire, que l’histoire retiendra comme le « brûleur Bunsen ».Ils identifient ainsi par spectroscopie le césium, le rubidium, mais aussi le thallium, l’indium, le gallium, le scandium et le germanium.
Ils isolèrent ensuite 9,2 g de chlorure de rubidium et 7,3 g de chlorure de césium de… 44 t d’eau minérale de Bad-Dürkheim, ville thermale à une soixantaine de kilomètres de Heidelberg.

L’essen­tiel du tra­vail de Robert Bunsen fut plutôt soli­taire, mais il eut de grands chi­mis­tes comme élèves comme G. L. Carius, A.W.H. Kolbe, J. F. Wilhem, A. von Baeyer (prix Nobel 1905) ; D. Mendeleïev séjourna dans son labo­ra­toire. Il a été élu membre étranger de l’Académie des scien­ces en 1882. Il prend sa retraite en 1889 et meurt en 1899.

Son nom est resté célè­bre grâce au « bec Bunsen ». Ce brû­leur à gaz, muni d’une che­mi­née ver­ti­cale permet le mélange de l’air avec le gaz avant qu’il ne brûle, des ori­fi­ces situés autour de la base per­met­tent de régler l’admis­sion de l’air. En fonc­tion du rap­port gaz/air, la flamme est plus ou moins lumi­neuse, jaune, orange, bleue et chaude entre 700 et 1 300 °C. Cette tech­no­lo­gie fit avan­cer net­te­ment le tra­vail des chi­mis­tes, puis­que jusqu’alors les chi­mis­tes pour appor­ter de la cha­leur aux réac­tions se ser­vaient des flam­mes d’un four­neau à char­bon. Son uti­li­sa­tion devint très cou­rante dans les labo­ra­toi­res. Google pour célé­brer le bicen­te­naire de sa nais­sance lança le 30 mars un nou­veau logo rap­pe­lant la paillasse de labo avec l’iné­vi­ta­ble bec Bunsen (http://cyril.lopez.tk/tag/robert-bunsen/). Un an après sa mort, en 1900, un ingé­nieur de l’ESPCI (cf. Schützenberger) per­fec­tionna le bec Bunsen. Il s’appe­lait Georges Méker et cons­ta­tant qu’en mul­ti­pliant les conduits à l’inté­rieur du bec en y ajou­tant une grille on pou­vait amé­lio­rer la com­bus­tion, on ren­dait la flamme plus stable et plus chaude.
Le « bec Méker » était né : coco­rico !

Dans nos labos sans gaz, l’électricité a rem­placé les brû­leurs, d’où …

La pensée du jour :
« Quand vous serez bien­tôt au bord de la vieillesse
Assis près du bain d’huile et du chauffe-ballon
Direz en regret­tant le gaz et les leçons
Le bec bunsen brillait au temps de ma jeu­nesse »

Sources :

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