Soufre

Élément sulfureux par nature, volcanique, satanique, mais aussi bénéfique pour la vie, l’agriculture, l’industrie et la protection des murs contre nos amis les bêtes, le soufre en fleur comme en vrac, bien qu’homologue de l’oxygène dans le tableau périodique, présente une palette de propriétés différentes, mais complémentaires, qui le font appartenir au « rectangle magique C, N, O, S, P » qui constituent avec l’hydrogène les éléments de base de la vie tout au moins sur Terre.

Le soufre (çulbâri, signifiant ennemi du cuivre en sanscrit) est connu depuis l’Antiquité. Homère mentionna le soufre comme « éloignant la vermine » ; Dioscoride le décrit comme un corps jaune facilement réduit en poudre, qui brûle avec une petite flamme bleue accompagnée d’une fumée irritante (le dioxyde de soufre) utilisée par les militaires pour faire fuir l’ennemi.

Aux environs du XIIe siècle, les Chinois inventèrent la poudre à canon en le mélangeant avec du salpêtre (nitrate de potassium, KNO<sub3) et du charbon. Les alchimistes savaient que le mercure pouvait être combiné avec du soufre et ils ont donné au soufre son propre symbole alchimique. Toutefois, il a fallu attendre les années 1 770 pour qu’Antoine-Laurent Lavoisier convainc la communauté scientifique que le soufre était un élément et non pas un composé.

C’est un non-métal d’aspect jaune pâle qui peut se combiner avec l’hydrogène pour donner le sulfure d’hydrogène, est un gaz toxique qui présente une odeur caractéristique d’œufs pourris. Il brûle avec une flamme bleue qui émet une odeur particulièrement suffocante (le dioxyde de soufre SO2). Le soufre est insoluble dans l’eau mais est soluble dans le sulfure de carbone (CS2), les hydrocarbures et d’autres solvants apolaires. Les états d’oxydation les plus communs du soufre sont 2-, 2+, 4+ et 6+.

Le soufre possède de nombreuses formes allotropiques aussi bien à l’état solide (30 !) que liquide ou gazeux : le soufre cristallin est formé de cycles à 8 chaînons (S8) dont on peut retirer facilement un atome pour conduire à la forme S7 d’un jaune plus intense. C’est un élément qui comporte également un grand nombre d’isotopes : 4 sont stables (32S (95.02%), 33S (0.75 %), 34S (4.21 %), and 36S (0.02 %)) et 21 radioactifs, dont le 35S qui possède une durée de demi-vie de 87 jours.

Le soufre est le dixième élément le plus abondant de l’Univers : on le trouve dans les météorites et il est présent sous formes solide, fondue et gazeuse sur Io, le satellite volcanique de Jupiter.

Sur Terre, il se trouve en grande quantité, soit à l’état natif, soit associé à d’autres éléments sous forme de sulfures (par exemple : la pyrite, FeS2, le cinabre, HgS, la galène, PbS, la stibine, Sb23) et de sulfates (par exemple : le gypse, CaSO4.2 H2O, produit à plus de 110 Mt/an). On le trouve également dans les gisements de charbon, de pétrole et de gaz, ce qui nécessite son élimination avant emploi comme combustible parce que l’anhydride sulfureux produit par combustion se combine avec l’eau présente dans l’atmosphère (gouttelettes de pluie) pour produire les pluies acides dont on a connu les dégâts causés dans les forêts d’Europe centrale.

Le soufre est employé dans de nombreux processus industriels tels que la production d’acide sulfurique (cf. Acide sulfurique), la production de poudre à canon et la vulcanisation du caoutchouc en liant par des ponts disulfure les chaînes polyisopréniques. Le soufre est aussi employé comme fongicide, dans la fabrication de pesticides (par exemple le malathion), des allumettes, des feux d’artifice. Les sulfites sont employés pour blanchir le papier et les fruits secs. Le thiosulfate de sodium ou d’ammonium est employé comme agent de fixage en photographie.

Les acides aminés cystéine, méthionine, homocystéine et taurine contiennent du soufre, de même que quelques enzymes communs à toutes les cellules vivantes. Les ponts disulfure entre polypeptides jouent un rôle très important dans l’assemblage et la structure de protéines comme l’insuline. Le soufre inorganique est présent dans les centres fer-soufre de métalloprotéines. C’est aussi un composant de certaines vitamines (thiamine et biotine), du tissu conjonctif, des cartilages, des tendons et des os, mais également d’arômes qui donnent leur goût à la truffe, l’oignon et bien sûr l’ail.

D’où la pensée du jour :
« Cuisine provençale : cuisine à l’allicine, bourrée de soufre pour vivre longtemps ! »

Sources :

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