Statines

Pour votre bon coeur, mangez léger, faites du sport, et si ça ne suffit pas... , pensez aux statines. Nombre de principes actifs sont inspirés de substances naturelles (cf. Aspirine, Taxotère). La Nature, source de poisons comme de médicaments, est scrutée par le chimiste qui observe leur mode de fonctionnement, les transforme, les adapte et parfois les imite pour nous offrir une espérance de vie, en bonne santé, qui continue d’augmenter.

Les anomalies liées au métabolisme des lipides ou dyslipidémies sont largement responsables des maladies cardio-vasculaires, un grave problème de santé publique avec plus de 14 millions de morts par an. Elles sont de deux types : l’hypercholestérolémie (excès de cholestérol dans le sang) et l’hypertriglycéridémie (excès de triglycérides dans le sang). Outre la préconisation d’une bonne hygiène de vie, essentielle (exercice physique, peu de tabac et d’excitants, alimentation appropriée), des apports médicamenteux peuvent s’avérer très utiles pour les combattre.

Dans les années 1970, un biochimiste japonais, Akira Endo, observe que certains microorganismes produisaient des inhibiteurs d’une enzyme, la réductase de l’hydroxyméthylglutaryl-coenzyme A (HMG-coA). Or, le cholestérol (cf. Cholestérol) est fabriqué dans le foie grâce à cette enzyme. C’est en partant de cette hypothèse que Endo recherche puis identifie la première statine, extraite du champignon Penicillum citrinum , la mévastatine. P. Vagelos Roy (Merck&Co), poursuit cette même idée et, en 1978, isole de Aspergillus terreus la lovastatine (ou mévinoline), commercialisée en 1987 sous le nom de Mevacor®. Le Lipitor® (atorvastatine), déjà best-seller pharmaceutique en 2003, a rapporté à Pfizer 12,4 milliards de dollars en 2008…

En 2010, on trouve moins d’une dizaine de statines sur le marché, dont des statines associées à d’autres composés (fibrates, niacine) pour une polythérapie efficace anti-cholestérol et anti-triglycérides. Les statines sont obtenues par synthèse chimique partielle ou totale ou par fermentation d’un microorganisme. D’autres sources comme les pleurotes (un champignon comestible) et surtout la levure de riz rouge asiatique (Monascus purpureus) fournissent des extraits vendus comme statines naturelles et dont le principe actif est… la lovastatine.

L’engouement pour les statines s’explique par une efficacité largement démontrée en prévention secondaire, c’est-à-dire sur des sujets ayant déjà subi un événement cardio-vasculaire, avec une réduction élevée de la morbidité et de la mortalité coronarienne. Depuis la découverte de l’aspirine puis des traitements antihypertenseurs, les statines seraient la plus grande avancée médicale pour prévenir les accidents cérébrovasculaires (AVC), avec une réduction de 18 % comparée aux groupes contrôles, paraissant confirmer un pdf de cette pathologie avec la baisse du taux de LDL-cholestérol.

Mais les statines auraient d’autres propriétés : il semble qu’elles soient capables de stimuler significativement la formation des os in vivo chez les rongeurs, et pourraient être utilisées dans le traitement de l’ostéoporose, un autre problème de santé publique. Des perspectives particulièrement enrichissantes pour l’industrie pharmaceutique !

Comme tous les médicaments réellement actifs, les statines ne sont pas sans danger(s). Déjà Endo avait observé une forte mortalité des chiens de son laboratoire bénéficiant d’un traitement à la statine. Cependant, la plupart d’entre elles sont éliminées, au moins en partie, par les enzymes responsables de la détoxification du foie, des cytochromes P 450.

Les effets indésirables les plus courants sont l’apparition de problèmes musculaires graves, (rhabdomyolyse) et une augmentation des enzymes hépatiques, avec des insuffisances rénales aigues. Un nombre considérable de travaux ont été publiés sur ce sujet, ainsi que des méta-analyses d’essais cliniques randomisés, indiquant un taux faible d’occurrence du risque de myolyse (0,5% pour 10 000 années-personne), taux qui passe à 6 % dans le cas des médicaments associant statines et fibrates.

Pour analyser une grande quantité de travaux indépendants sur un sujet donné, les comparer et en tirer une conclusion générale, les médecins ont inventé la méta-analyse. Cette méthode statistique permet, en principe, d’intégrer des résultats d’études cliniques parfois contradictoires ou de travailler sur des échantillons de petite taille. La randomisation conforte ces conclusions en apportant un élément aléatoire dans le choix des essais pris en compte. Même observer une absence d’effet est publiable, de quoi faire rêver nombre de scientifiques !

Des effets non confirmés, et généralement sans indication de dose, ont été revendiqués : sclérose en plaque, cancer, et même lésions nerveuses, démence, maladie d’Altzheimer et aussi dégénérescence maculaire. Tantôt il s’agit de risques encourus, tantôt au contraire de diminution de certains de ces risques… Et dans cette confusion, les méta-analyses sont malheureusement inefficaces.

Les interactions médicamenteuses, notamment avec d’autres hypolipidémiants et surtout avec les inhibiteurs des cytochromes P 450 (donc entraînant une augmentation du taux de statines et de risque d’effet indésirable) sont établies. C’est le cas des flavonoïdes, et consommation de jus de pamplemousse comme d’oranges amères est particulièrement déconseillée.

La crainte, légitime, des maladies cardiovasculaires et la facilité qu’il y a à prendre des pilules plutôt que s’astreindre à une hygiène de vie raisonnable, a conduit à la prescription de statines en prévention primaire, c’est-à-dire à des sujets à taux de cholestérol faible. Cette pratique n’est plus recommandée, car apparemment sans influence sur le risque d’événement cardio-vasculaire, mortel ou non. Par contre, l’action préventive des statines est conservée chez les sujets à taux de cholestérol bas, mais diabétiques ou présentant un taux élevé de marqueur inflammatoire (dont le pdf est avéré avec le risque d’athérosclérose).

Pensée du jour
« Statin or not statin, is that the question ? »

Sources

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