Vitamine C

Utilisée depuis plus de 3 500 ans, la vitamine C, moins connue sous son nom d’acide L-(+)-ascorbique, ou pire encore comme (2R)-2-[(1S)-1,2-dihydroxyéthyl]-4,5-dihydroxyfuran-3-one, a sauvé la vie de millions d’êtres humains, en particulier de quelques centaines de milliers de marins au long cours souffrant du scorbut.

En 1795, Nicolas Appert, confiseur et inventeur, mit au point une méthode de fabrication de conserves (l’appertisation) préservant le goût, la texture et les vitamines des aliments. Non breveté, le procédé fit le bonheur de la marine britannique…

Une vitamine est, par définition, une molécule organique nécessaire au métabolisme d’un organisme qui ne peut la synthétiser en quantité suffisante pour assurer sa survie. Elle doit donc être apportée régulièrement par l’alimentation (mais l’hypervitaminose peut être très toxique !). C’est une coenzyme, indispensable à la synthèse d’une enzyme ou d’une hormone.

L’acide L-ascorbique est un solide jaune pâle, facilement hydrolysable, sensible à la chaleur et à la lumière. Hydrosoluble, il est peu stocké dans l’organisme. Dans la tautomérie céto-énolique, il est majoritairement sous forme « énolique ».
En équilibre oxydo-réducteur avec l’acide déhydroascorbique, il est utilisé pour éviter l’oxydation du vin (économie d’anhydride sulfureux) et la casse ferrique lors de la mise en bouteille.

La vitamine C a été isolée et identifiée en 1931 par Albert Szent-Gyorgyi (Prix Nobel de médecine et physiologie en 1937). Elle a été synthétisée à partir du D-glucose (cf. Glucose) en 1933 par Tadeusz Reichstein, puis en 1934 par Walter Norman Haworth (Prix Nobel de chimie en 1937). La synthèse de Reichstein a certes été améliorée, mais son principe est toujours à la base d’une production annuelle de plus de 80 000 tonnes (50 % pour la pharmacie et la parapharmacie, 25 % comme conservateur dans l’agroalimentaire, 15 % dans les boissons, le reste pour la nutrition animale).

La vitamine C est trouvée à des concentrations variées dans de nombreux fruits (agrumes, baies, etc.), légumes (choucroute, pomme de terre, etc.), dans le foie, etc. Elle est biosynthétisée dans la plupart des plantes et des animaux… à l’exception des anthropoïdes (dont l’espèce humaine), des cochons d’Inde, de passereaux et quelques autres espèces. Cette surprenante propriété serait le résultat de mutations génétiques, survenues il y a 40 millions d’années, l’une bloquant la transformation du glucose en acide ascorbique, l’autre la dégradation de l’acide urique (une autre « erreur génétique » caractéristique des grands primates, dont l’homme).

Plusieurs explications ont été avancées, soulignant par exemple que l’acide urique comme l’acide ascorbique sont de puissants réducteurs, donc des facteurs anti-oxydants, le premier ayant pris le pas sur le second au cours de l’évolution. Richard J. Johnson, un spécialiste des maladies cardiovasculaires et de l’uricémie humaine, suggère que ces deux facteurs pro-inflammatoires, auraient accordé un avantage évolutif en promouvant la rétention des graisses (effet reconnu du stress oxydatif et de l’inflammation), utile durant les famines de l’Éocène tardif et du Miocène moyen, contemporaines de ces mutations génétiques.

La vitamine C naturelle (seul l’énantiomère L est biologiquement actif), nécessairement exogène chez l’homme, intervient dans de nombreux processus biologiques. Elle agit en tant que cofacteur dans au moins huit réactions enzymatiques, comme la synthèse de collagènes, dont le dysfonctionnement est à l’origine du scorbut. Elle intervient dans la synthèse des globules rouges et protégerait des maladies cardio-vasculaires et de l’hypertension.

C’est un antihistaminique qui stimule les défenses naturelles et immunitaires et dont la carence favorise les poly-infections et les septicémies. La vitamine C pénètre dans les cellules du système immunitaire, où elle est très rapidement utilisée en cas d’infection, sans que l’on comprenne très bien le mécanisme impliqué. Elle serait utile en cas de cancer, et peut-être même pour le prévenir. Mais sa supplémentation en excès aurait induit des dommages sur l’ADN lymphocytaire de volontaires sains (cf. ADN). Or, comme un autre antioxydant, le β-carotène (cf. Caroténoïdes), l’acide ascorbique peut également agir comme pro-oxydant : lors de son oxydation en acide déhydroascorbique, il réduit les ions cuivriques et ferriques en ions cuivreux et ferreux, au moins in vitro, produisant simultanément des radicaux libres (quoiqu’un tel mécanisme n’ait pas été observé in vivo).

On recommande la vitamine C en cas de rhume et autres désagréments liés à l’hiver, sans que les nombreuses études menées aient permis de montrer que sa prise régulière à titre préventif puisse avoir un effet protecteur. Mais il ne faut pas sous-estimer les effets dits placebo, que l’on appelle maintenant effets contextuels.

La médecine orthomoléculaire, terme inventé en 1968 par le double prix Nobel (Chimie et Paix) Linus Pauling, propose de soigner par l’apport optimal de substances naturellement connues de l’organisme, et donc reconnues par lui, par opposition à l’utilisation de molécules à effets thérapeutiques créées par l’homme. Pour la vitamine C, exogène, au contraire d’un certain nombre de vitamines et d’acides aminés synthétisés dans le corps humain, l’argumentaire justifiant son action est un peu acrobatique. Une méta-analyse récente (2008) ne confirme pas les allégations des tenants de cette approche (leurs organes de publication ne sont plus indexés par la National Library of Medicine depuis 1970).

L’acte de naissance de l’essai clinique sous sa forme moderne date pourtant de l’expérience de James Lind en 1747, chirurgien britannique qui compara méthodiquement les effets de six « remèdes » sur six couples de marins lors d’un voyage au long cours. Seuls les deux marins à qui on avait donné quotidiennement 2 oranges et 1 citron, ne furent pas atteints par le scorbut. Des expériences de scorbut induit puis traité furent effectuées durant la Seconde Guerre mondiale en Angleterre sur des objecteurs de conscience, et vers la fin des années 1960 sur des prisonniers en Iowa (États-Unis). Elles montrèrent la réversibilité de l’atteinte et la variation concomitante de la concentration de la vitamine C dans les cellules sanguines, associées à des problèmes cardiovasculaires.

Pensée du jour
« La soif de certitudes justifie-t-elle certaines expériences ? »

Sources

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